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Ecole

La coopérative, une « solution » pour l’école marocaine ?

Date de publication : 4 septembre 2018 Rubrique : Echos Maroc

Salaheddine_Nabirha3 questions à Salaheddine Nabirha, Initiateur du projet d’école coopérative Al Badil à Casablanca, Directeur pédagogique d’une école de commerce

D’où vous est venue l’idée de créer une école coopérative à Casablanca ?

J’ai constaté que les Marocains sont tiraillés entre une école publique à l’abandon et des établissements privés qui ne sont pas un gage de qualité, malgré leur cherté. Quelle serait la solution ? J’ai discuté avec des amis, lancé un post sur Facebook. Une idée a émergé : pourquoi ne pas créer une école coopérative ? Cela n’existe pas au Maroc et j’ai vu tout de suite l’intérêt que cette alternative a suscité quand j’en ai parlé sur les réseaux sociaux.

Il y a un an, nous avons mis en place des groupes de travail sur la structure de gouvernance, la pédagogie, le business planning, l’architecture… Nous avons, depuis, identifié trois scénarios : le premier, celui qui a notre préférence, serait que l’État nous confie une école en concession ; le deuxième serait que la ville nous cède un terrain et que l’on y bâtisse l’école et, enfin, le troisième serait que, dans le cas où nous n’aurions par le soutien des autorités, que nous achetions un terrain où l’on construirait l’école. Selon la décision des autorités, nous nous fixons 18 mois pour ouvrir l’école.

Quel est le modèle économique de l’école ?

Si le scénario d’une école donnée en concession se confirme, nous souhaitons reprendre un établissement abandonné depuis des années dans le quartier de Mers Sultan. Nous estimons le capex entre 20 et 30 millions de dirhams. Si nous n’obtenons pas la contribution de fondations, cet investissement sera financé par les parents qui se verront alors attribuer une action de la coopérative. Cette dernière vaudra droit à la scolarité et sera fixée à 50 000 dirhams. Si les fondations nous soutiennent, nous pourrions baisser le ticket d’entrée à 15 000 ou 20 000 dirhams.

À la fin de la scolarité, les parents seront remboursés, en tenant compte du taux d’inflation. Cette restitution sera compensée par les paiements des nouveaux arrivants. Nous avons 500 élèves intéressés pour le moment, sur une capacité d’accueil de 1 000 (du CP au baccalauréat). Nous voulons également réserver 15 % des places aux élèves plus modestes, en priorité pour le voisinage.

En dehors de ce ticket d’entrée, combien coûtera la scolarité ? Et quelle pédagogie allez-vous proposer ?

En élaborant nos budgets, nous avons fixé les frais mensuels à 2 000 dirhams. Certains ont trouvé cela cher, mais nous allons proposer un enseignement équivalent à celui des établissements qui font payer 7 000 à 8 000 dirhams par mois ! Pour les élèves les plus modestes, nous allons essayer de trouver un maximum de mécènes qui pourront prendre en charge leur scolarité et assurer la mixité sociale.

Nous voulons que notre école soit multilingue. Le français et l’anglais sont considérés comme acquis et nous envisageons de dispenser des cours de turc, de chinois, etc. Nous allons faire de l’expérimentation, déployer des ressources vidéo et des laboratoires, mais tout se fera conformément au programme du Ministère de tutelle, avec qui nous sommes en contact. Seulement, nous l’enseignerons avec des moyens différents. Nous souhaitons développer la créativité des enfants et leur faire étudier le code informatique dès le CP, comme cela existe aux États-Unis, car c’est la clef de l’innovation. Le sport occupera aussi une place centrale, notamment pour véhiculer les valeurs de compétition et de performance.

 

Propos recueillis par Rémy Pigaglio