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Afrique

Quelles perspectives pour les industries alimentaires en Afrique ?

Date de publication : 4 septembre 2018 Rubrique : Echos international

D’après les projections de la Banque mondiale de 2013, le potentiel du secteur agroalimentaire en Afrique pourrait se chiffrer à 1 000 milliards de dollars à l’horizon 2030 contre 313 milliards actuellement. Mais le chemin qui mène à la réalisation de ce potentiel est parsemé d’embuches, dont certaines très tenaces.

En Afrique, l’agriculture emploie entre 60 % et 80 % de la population, mais ne représente que 20 à 30 % du produit intérieur brut selon les pays. Les raisons sont nombreuses, à commencer par le fait que cette agriculture est essentiellement vivrière et que l’industrie agroalimentaire est embryonnaire. De plus, la majeure partie de la production agricole est exportée en l’état (plus de 80 %) et parallèlement, le continent enregistre 35 milliards d’importations nettes de denrées alimentaires par an. Un chiffre qui devrait atteindre 110 milliards de dollars d’ici 2025 si les tendances actuelles persistent. La balance des échanges de l’Afrique en produits agroalimentaires est fortement déficitaire de près de 23 milliards de dollars et le taux de transformation locale ne dépasse pas les 7 %.

Par ailleurs, les niveaux de production élevés ne garantissent pas la rentabilité du secteur parce que les gouvernements africains ne disposent pas d’instruments de maitrise du cours des matières premières sur les marchés internationaux. Par exemple pour la Côte d’Ivoire et le Ghana qui fournissent 60 % de l’offre mondiale de cacao, la part des revenus générés (100 milliards de dollars) qui revient aux producteurs n’excède pas 5 %.

De multiples défis à relever

D’ici 2050, le continent sera confronté à une insécurité alimentaire due au changement climatique. Une situation qui se traduit par la malnutrition chronique qui touche particulièrement les enfants (23 millions de victimes en Afrique), des émeutes de la faim comme en Égypte, en Mauritanie et au Sénégal en 2008, des épisodes de crises alimentaires et la croissance de l’obésité qui concerne déjà 30 % des adultes en Afrique, notamment par manque d’accès à une alimentation équilibrée.

Pour répondre à ces défis, les pays africains peuvent soit produire des denrées alimentaires au prix le plus juste à travers l’amélioration de la productivité agricole ou fournir des revenus suffisants aux ménages grâce à l’exploitation de ressources non alimentaires (minerais et forêts).

Plusieurs facteurs entravent le développement du secteur agricole et de la filière agroalimentaire : outre le contexte environnemental et juridique des sols et la dégradation d’une partie des surfaces agricoles et des pâturages, le fait que l’agriculture soit fluviale, peu mécanisée et peu irriguée est aggravé par les difficultés d’accès au matériel agricole, à l’énergie et à la maintenance. À cela s’ajoutent les complications pour accéder au crédit, au conseil et aux formations spécialisées – leur coût étant encore élevé –, le manque d’infrastructures routières et de zones de stockage, la volatilité des prix agricoles et le défaut d’équipement et de maitrise de la qualité.

Enjeux et impact sur les entreprises

Bien que l’agriculture emploie parfois 80 % de la population et contribue à 30 % du PIB dans certains pays africains, cette activité et la filière agro-industrielle qui en découle ne sont pas les branches les plus lucratives. En effet, selon le dernier classement des 500 premières entreprises africaines établi par le magazine Jeune Afrique, les secteurs les plus rentables en Afrique sont les banques et assurances, les télécommunications et l’exploitation minière.

En ce qui concerne les compagnies de l’agro-industrie, plusieurs d’entre elles ont évolué dans le classement par rapport à 2017. Les plus représentées d’entre elles sont implantées en Afrique du Sud où il y a une certaine diversité dans les branches agricole et agro-industrielle et des contrats à terme agricoles à la bourse de Johannesburg.

Les bonnes pratiques et les solutions

La sécurité alimentaire du continent peut être garantie si les rendements agricoles sont améliorés et si les États développent leur capacité à anticiper les famines et à réguler les stocks en conséquence. De plus, la production agricole pourrait croitre de 2 à 3 % par an en misant davantage sur l’optimisation de la productivité plutôt que sur l’extension des terres. Pour y parvenir, l’adoption rapide des technologies, l’émergence des exploitations de taille moyenne et des investissements significatifs sont nécessaires. Les États pourraient ainsi allouer 10 % du PIB à l’agriculture comme proposé dans la déclaration de Malabo en 2014.

Toutefois, l’offre agricole progressant moins vite que la demande, l’importation des produits alimentaires de base devrait continuer à augmenter. Pour faire face simultanément à la croissance démographique et aux changements climatiques et parvenir à une amélioration des rendements agricoles ainsi qu’à une meilleure organisation de la filière alimentaire, les différents intervenants du secteur devront créer des dispositifs pour la gestion des ressources en eau. Il sera également nécessaire de mettre en place des solutions pour remédier à l’obsolescence du matériel ainsi qu’à la faible mécanisation et à l’absence de chaine de froid. L’usage des technologies de l’information et de la communication devra en outre être vulgarisé auprès des agriculteurs et des industriels, car il existe déjà des applications mobiles pour l’accès au conseil, à l’assurance et aux services financiers. À cela s’ajoutent des plateformes d’échange d’informations techniques et de marchés entre producteurs.

Un modèle d’agriculture durable, capable d’assurer des rendements intensifs

Finalement, comme le recommande l’Institut Royal des Études Stratégiques (IRES), il est important que chaque pays s’attèle au « développement d’un modèle d’agriculture durable, écologiquement intensive, capable de produire des rendements nutritionnels élevés, tout en régénérant les sols préalablement dégradés. Ce qui nécessite des formations, des investissements et des infrastructures, mais aussi la coexistence de différents modes de production, adaptés aux diverses configurations agroécologiques concernées (agriculture de subsistance et agro-industrie, agriculture traditionnelle et agriculture urbaine, exploitation de petite ou de moyenne taille) et la création d’une filière agroalimentaire ».

 

Romaric Sougla, Chargé d’études au sein du DESK-Commerce International de la CFCIM