Le site d'information de la CFCIM
Saadia Bajjou

Portrait : Saâdia Bajjou, militante des causes justes

Date de publication : 1 août 2018 Rubrique : Zoom

Lutte contre la violence à l’égard des femmes, défense des droits des mères célibataires et contre le mariage coutumier précoce, lutte pour les droits des migrants, Saâdia Bajjou a été de tous les combats. Portrait.

Saâdia Bajjou est une dame qui a toujours œuvré dans la lutte contre la précarité et les injustices. Native de Asni, Saâdia a eu la chance d’aller à l’école. Ce qui n’était pas chose gagnée dans ces années 70. « J’ai pu être scolarisée grâce au Directeur de l’établissement primaire de notre village. C’est lui qui a convaincu mes parents de me laisser fréquenter les bancs de l’école. C’était un homme qui militait pour la scolarisation des jeunes filles et qui n’hésitait pas à offrir les fournitures aux familles des enfants démunis. Je dois à cet homme ce que je suis devenue », raconte Saâdia, encore émue. Ses deux autres sœurs n’ont pas eu cette chance.

De la répudiation au divorce

Après un passage par Marrakech pour ses études de collège et de lycée, Saâdia débarque à Casablanca. C’est à la Ligue Démocratique des Droits des Femmes (LDDF) qu’elle accomplira ses premiers faits d’armes. Membre fondatrice en 1989 de la LDDF, elle y travaillera en tant qu’assistante sociale à partir de 1994. La Ligue fait partie des premières associations féministes du pays. Saâdia se forge ainsi à la lutte pour les droits des femmes et se trouve de ce fait confrontée à leur souffrance au quotidien. Aux côtés des militantes de la Ligue et d’autres associations telles que l’Union de l’Action Féminine ou encore l’Association Démocratique des Femmes du Maroc, elle se dresse contre toutes les formes de violence physique, psychologique, sexuelle ou économique envers les femmes. À l’époque, la répudiation (qui était légale), le mariage précoce généralisé et la polygamie provoquaient de nombreux drames. En 1991, après avoir collecté un million de signatures, les femmes ont eu droit à une première réforme cosmétique de la Moudawana. Il a fallu attendre le Maroc de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour qu’un nouveau texte, un peu moins inégalitaire, voie le jour. Au cours des années 2000, Saâdia Bajjou rejoint une autre association, Insaf, toujours en tant qu’assistante sociale. La bataille pour les droits des mères célibataires était à son apogée. Aïcha Ech-Chenna, la Présidente de Solidarité Féminine était menacée de mort parce qu’elle avait osé parler de cette catégorie de femmes et de leurs enfants, labélisés alors « Oulad hram » (enfants du péché). « Nous avions orienté le combat pour la reconnaissance des droits de ces enfants. C’était stratégique. En faisant en sorte depréserver les droits de ces bébés, dont la faute était de naitre en dehors de l’institution du mariage, nous avons également réussi à mettre l’accent sur ces femmes », explique Saâdia Bajjou. En ce temps, une femme qui accouchait dans un hôpital public sans pouvoir décliner l’identité du père était immédiatement arrêtée après et risquait la prison pour « fassad » (relation sexuelle hors mariage).

« Nous avons lutté pour que ces enfants puissent avoir une existence juridique et que les mères puissent être protégées. Mais, ce qui reste à faire, c’est d’offrir un projet de vie pour ces mamans », constate Saâdia. En plus d’aider les mères célibataires dans leur nouveau centre à Hay Adil à Casablanca, Insaf travaille depuis quelques années sur la problématique de l’emploi des filles mineures, notamment des petites bonnes.

Au sein de la Fondation Ytto qu’elle rejoint en 2010, Saâdia lance avec Najat Ikhich et les autres membres de cette association des caravanes de sensibilisation aux droits des femmes dans les régions les plus reculées du pays. À Aït Mhamed, Aït Abbas comme à Anfgou et à Imilchil, Saâdia découvre une réalité lugubre : des filles sont mariées à la coutumière, et ce dès l’âge de huit, neuf ans. Ces unions sont alors conclues en toute illégalité à la seule lecture de la Fatiha, la sourate introductive du Coran. « Dans ces régions, les enfants n’étaient pas inscrits à l’état civil. Ils ne partaient pas à l’école. Les femmes ne pouvaient pas hériter et la répudiation était encore de mise », souligne Saâdia.

En 2015, Saâdia Bajjou intègre le staff de Médecins du Monde, afin de s’occuper des migrants en situation de précarité, en particulier des femmes et de leurs enfants. Aujourd’hui, au sein de l’association Al Ikram, elle se lance dans un nouveau défi, tout aussi important, celui de l’emploi des jeunes défavorisés.

Hicham Houdaifa