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Afrique

Le Maroc, terre d’accueil

Date de publication : 24 juillet 2018 Rubrique : Zoom

La société civile compte plusieurs associations engagées en faveur des droits et des libertés publics, notamment le Groupe Antiraciste d’Accompagnement et de Défense des Etrangers et Migrants (GADEM).

Mai 2018. Le Conseil Civil de lutte contre toutes les formes de discriminations, une coalition de 13 ONG, rend public un rapport qui énumère les différentes facettes des inégalités au Maroc, civiles, politiques et économiques. Le GADEM aborde le volet du statut personnel des étrangers ; celui ayant trait aux « inégalités de traitement qui touchent les ressortissants non marocains, surtout sur le plan civil, celui du statut personnel et de l’acquisition de la nationalité marocaine. » L’association cite entre autres discriminations, « les difficultés de déclaration à l’état civil des enfants nés de parents étrangers, notamment au niveau de la délivrance de l’avis de naissance. Celle-ci est souvent conditionnée par le règlement des frais d’hospitalisation, ce qui n’est inscrit nulle part dans les dispositions de la loi. » Ou encore « les discriminations liées à la liberté de conscience et à la liberté de culte, comme l’imposition pour les non-musulmans de se convertir avant d’épouser une Marocaine musulmane. »

Le drame de Sebta et Melilia

Depuis 2006, date de sa création, le GADEM milite pour la mise en œuvre effective des droits des migrants étrangers au Maroc ainsi que contre toutes les formes de discrimination à leur égard. À l’automne 2005, le Royaume découvre le calvaire des migrants subsahariens. Dans leur quête pour un passage vers l’Europe, les migrants subsahariens en situation illégale survivaient dans des conditions inhumaines, dans les forêts entourant les enclaves espagnoles de Sebta et Melilla, mais aussi dans les grandes villes marocaines. Le GADEM, mais également d’autres associations comme l’Association des Amis et Familles des Victimes de l’Immigration Clandestine (AVIC), l’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH) ou encore Pateras de la Vida, portent alors leur attention sur eux. Ils médiatisent les cas les plus dramatiques et demandent un traitement plus humain de ces populations. Chaque fois que leurs droits étaient bafoués, le GADEM montait au créneau, alertant l’opinion publique et suscitant le débat. « Ces migrants vivaient des situations cauchemardesques aux abords de Sebta et Melillia, guettant la moindre occasion pour forcer les grillages. Dans les grandes villes marocaines, ils étaient victimes de descentes de police et ne pouvaient pas aller se faire soigner dans les hôpitaux publics, de peur d’être arrêtés. Ils avaient comme seul appui les associations telles que le GADEM et une certaine presse indépendante », se rappelle cet ancien militant de l’AFVIC.

C’est grâce aux actions de ces associations que le regard de la société marocaine et l’attitude des autorités ont progressivement changé. C’est alors que le Maroc est passé d’un pays de transit à une terre d’accueil. En 2014, le Royaume lance une première vague de régularisation : 25 000 demandeurs sur 27 000 ont pu obtenir leur titre de séjour. Une opération qui sera suivie d’une deuxième de même envergure en 2016. « La principale évolution est le regain de la confiance. Lors de la première série de régularisation, plusieurs personnes croyaient qu’il s’agissait d’un piège. Or, les deux campagnes successives ainsi que la délivrance des cartes de séjour d’une période allant jusqu’à trois ans, ont permis à cette confiance de s’établir », expliqueAbderrahim Tlemcani, Président du GADEM.

Aujourd’hui, l’association est struturée en différents pôles : le juridique, les confluences maro- caines ainsi que celui dédié au plaidoyer et à la documentation ; sans oublier la formation. Pour ce qui est du droit des étrangers, le GADEM « apporte écoute, orientation, conseils juridiques, accompagnement administratif et quand cela est nécessaire, provoque des litiges stratégiques en sollicitant le juge administratif pour contrôler les décisions de l’administration à propos de condition des étrangers au Maroc ». L’association multiplie par ailleurs les initiatives pour venir en aide aux migrants avec des campagnes de sensibilisation et de plaidoyer, notamment par le biais du volet « confluences marocaines » et le festival Migrant’scène, dont la 9e édition aura lieu en novembre prochain à Tanger. Une approche qui vise à changer notre regard sur les migrants à travers la rencontre entre les diffé- rentes populations du Maroc et les non-ressortis- sants pour une meilleure connaissance de l’autre et « un mieux vivre ensemble ».

Hicham Houdaifa