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Mohamed Fikrat

Interview de Mohammed Fikrat, Président de la Fédération Nationale de l’Agroalimentaire (FENAGRI)

Date de publication : 24 juillet 2018 Rubrique : Echos Maroc

« Au Maroc, il existe un grand potentiel de développement pour l’agro-industrie »

 

Conjoncture : Comment se porte l’agro-industrie au Maroc aujourd’hui ? Est-ce que les dispositions douanières, l’informel ou encore les coûts de production représentent toujours un frein aussi important pour ce secteur ?

Mohammed Fikrat : Dans l’ensemble, ces dernières années ont été plutôt positives pour le secteur agroalimentaire. En 2017, ses exportations se sont établies à près de 32 milliards de dirhams, soit une aug mentation de 8,8 % par rapport à 2016 (selon les statistiques de l’Office des Changes). Ce chiffre montre tout d’abord la place de notre secteur dans l’économie marocaine et son dynamisme sur les marchés internationaux.

Bien évidemment, il reste des défis à relever. En matière de fiscalité, le différentiel de TVA existant entre les produits agricoles et les produits agroalimentaires transformés a parfois pénalisé les industriels. À ce sujet la FENAGRI a ouvert un chantier avec la Direction Générale des Impôts qui a abouti en 2016 à l’adoption du principe de la TVA non apparente pour les industries des fruits, légumes et légumineuses. Il s’agit d’une avancée essentielle puisqu’elle lui permet pour la première fois de combler ce différentiel de TVA constaté entre les intrants et les produits finis de l’industrie agroalimentaire, et de s’affranchir ainsi du déficit de compétitivité qui en découlait. Cette disposition a été élargie aux produits laitiers dans la Loi des Finances 2018 et nous œuvrons pour la généraliser à l’ensemble des produits agroalimentaires.

L’informel, est également d’un défi majeur pour notre industrie. Sa part est estimée à 25 % en moyenne du marché des produits agroalimentaires sachant qu’elle peut varier en fonction des filières et des produits. L’informel dans notre secteur pose des problématiques de compétitivité puisqu’il concurrence de manière tout à fait déloyale les industriels du secteur formel. Cela provoque en outre des risques en matière de santé publique, car les produits qui en sont issus ne bénéficient pas d’une traçabilité et de contrôles de conformité avec les normes lors des process de production. La lutte contre ce phénomène est un travail de longue haleine et exige un traitement collectif de la part de l’ensemble des parties prenantes.

Quel est le potentiel de développement du marché des IAA au Maroc, mais aussi en Afrique ? Quelles sont les branches/filières offrant les plus importantes perspectives ?

Rappelons tout d’abord qu’en avril 2017, la profession représentée par la FENAGRI, la COMADER et leurs membres ont conclu avec leurs partenaires du Ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime du Développement Rural et des Eaux et Forêts, le Ministère de l’Industrie, du Commerce de l’Investissement et de l’Économie Numérique et le Ministère de l’Économie et des Finances un contrat-programme pour l’industrie agroalimentaire doté d’un budget global de 12 milliards de dirhams dont 8 apportés par les professionnels et 4 par l’État. Ce contrat-programme s’inscrit dans la lignée du Plan Maroc Vert qui a permis de structurer et d’augmenter de manière très significative la production agricole nationale. Il confirme donc l’industrie agroalimentaire comme un maillon fondamental de la valorisation de l’agriculture marocaine, créateur de valeur et d’emplois pour le pays.

Le potentiel de développement de notre industrie agroalimentaire reste très important, que ce soit sur le marché local ou à l’export. Le secteur agricole contribue à hauteur de 14 % au PIB national alors que ce taux se situe seulement autour de 5 % pour l’agro-industrie, un écart qui est très révélateur. Dans les pays industrialisés, la contribution du secteur agricole et de l’industrie agroalimentaire dans la création de valeur nationale sont généralement similaires.

Le marché local offre des opportunités intéressantes pour notre secteur. Aujourd’hui, la consommation des produits agroalimentaires transformés au Maroc reste faible comparée à celle de nos pays voisins, ce qui laisse un large potentiel de développement.

Par ailleurs, notons que les exportations agroalimentaires participent à hauteur de 12 % environ des exportations industrielles marocaines, alors que le secteur représente un tiers du tissu industriel. Il constitue donc un relai de croissance à capter. L’Afrique demeure bien évidemment une destination privilégiée, où les produits marocains peuvent capitaliser sur une excellente notoriété.

Selon vous, comment le Royaume peut-il conforter son positionnement de hub africain dans ce domaine ?
De par son positionnement géographique, le Maroc bénéficie de très bonnes cartes pour devenir un hub africain de référence en matière de transformation agroalimentaire. Aussi, le Maroc et les pays africains – notamment subsahariens – disposent de potentiels naturels différents (climat, nature du sol…) qui leur permettent de développer des agricultures tout à fait complémentaires. Il est possible d’envisager des partenariats industriels entre le Maroc et les autres pays africains pour encourager la transformation des produits agricoles.

Sur quels chantiers travaille actuellement la FENAGRI ?

En matière de fiscalité, nous continuerons à œuvrer avec l’administration afin d’explorer toutes les pistes potentielles pour généraliser le principe de la TVA non apparente à l’ensemble du secteur agroalimentaire. Pour ce qui est de la recherche et de l’innovation, nous poursuivrons nos efforts pour redynamiser le Centre Technique des Industries Agroalimentaires (CETIA) : il s’agit d’une plateforme à la disposition des industriels visant à mutualiser les efforts de R&D dans le secteur. Un autre sujet qui nous tient à cœur est la sensibilisation et l’information du grand public. Dans cette optique, la fédération travaillera avec ses partenaires du Ministère de la Santé et de l’ONSSA afin que le consommateur marocain dispose de la meilleure information sur la qualité des produits alimentaires qu’il achète.

 

 

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