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Carrière dans l’humanitaire: interview d’Ali Serhani

Date de publication : 10 juillet 2018 Rubrique : Zoom

« L’humanitaire nécessite des compétences pointues »

Ali SERHANI PhotoEntretien avec Ali Serhani, Directeur Associé et Consultant en Recrutement, Cabinet Gesper Services 

Conjoncture : L’humanitaire est-il un métier ?

Ali Serhani : Bien sûr qu’il s’agit d’un métier ! Un métier certes pas comme les autres, mais un vrai métier. Je dirai que c’est un métier à haut risque, car vous travaillez dur et vous sacrifiez beaucoup de choses à côté, notamment la vie de famille et vos points de repère. C’est plus qu’un métier et c’est prenant. Quand vous vous engagez, vous vous oubliez vous-même surtout quand vous êtes professionnel dans votre approche. Cela se voit du premier coup d’œil et les tire-au-flanc sont vite remerciés.

Les métiers relatifs à la société civile et à l’humanitaire sont-ils attractifs pour les profils intéressants ?

En effet, le secteur est très attractif, car de nos jours tout le monde souhaite donner un sens à sa vie. Le temps où l’on retrouvait 100 % de carriéristes chez les candidats est révolu. Aujourd’hui,de plus en plus de personnes veulent s’investir dans des choses qui font ressortir leur humanité et en ont assez de travailler uniquement pour gagner de l’argent. L’argent est important. Le gagner et courir derrière doit avoir un sens noble pour beaucoup de gens.

Quels sont les profils les plus demandés ?

Des techniciens dans des domaines précis, mais surtout des chefs de projets qui maitrisent l’aspect financier, car ils sauront gérer des projets à travers et le volet technique et humain et surtout le volet budget. Des chefs de projets qui transposeront le business model de l’entreprise dans l’humanitaire, mais avec une touche sociale très importante.

Peut-on concilier militantisme et plan de carrière ?

Oui ! Par les temps qui courent et avec tous les problèmes que connait le monde, on fait appel à des humanitaires dans le monde entier ; des personnes connues ou appréciées pour leur militantisme. Quelqu’un peut donc faire toute sa carrière dans l’humanitaire, passant d’une association à l’autre ou d’une organisation à une autre à travers toute la planète. Leur militantisme reste intact et leur plan de carrière est tracé, parfois de manière automatique. Vous n’avez qu’à regarder les offres d’emploi de ces vingt dernières années. On réclame en moyenne 6 à 10 ans d’expérience dans l’humanitaire pour pouvoir postuler à un poste dans une organisation internationale qui est dédiée à l’humanitaire, en plus de solides références qui feront ressortir votre côté militant. De nos jours, on voit un peu ce qui se passe avec les problèmes migratoires et ce n’est pas près de finir. Donc un militant travaillera dans ce domaine et ne se posera plus la question de savoir ce qu’il adviendra de lui le lendemain puisque l’humanitaire restera à jamais d’actualité.

Que gagne-t-on professionnellement à travailler dans une ONG ?

Premièrement, se découvrir et deuxièmement sortir des sentiers battus pour être fort, solide et résistant face à toute situation, quelle qu’elle soit. Un CV avec un passage dans l’humanitaire c’est comme un « A » que l’on obtient en classe de primaire ou un 18 sur 20 au  baccalauréat.

Peut-on capitaliser sur des compétences acquises sur le terrain avec une ONG ?

Oui, car l’humanitaire, ce n’est pas finir son boulot à 18 heures et rentrer à la maison. Il s’agit de vies humaines et donc vous êtes constamment en veille. Vous ne baissez jamais la garde sans oublier que lorsque vous quittez l’humanitaire pour travailler en entreprise par exemple, sachez que vous êtes rodés pour travailler dur sans que cela produise chez vous un quelconque changement. Enfin le monde de l’entreprise intègre de plus en plus le concept de RSE (Responsabilité Sociale et Sociétale de l’Entreprise) et ce n’est que le début. Quand on veut recruter le futur Directeur RSE d’une entreprise, un profil dans l’humanitaire est attractif.

Travailler plus et gagner moins semble être la réalité du travail dans les ONG, est-ce vrai ?

Et bien, détrompez-vous ! L’humanitaire paye bien. Parole de recruteur ! Car les associations ou organisations ont compris qu’il fallait recruter les meilleurs à tous les niveaux (compétences techniques et compétences comportementales comprises), car gérer l’humain demande des efforts que des profils moyens ou sous-payés ne peuvent fournir. Prenez le cas de nos cliniquesprivées : il fut un temps où seuls les médecins étaient autorisés à en ouvrir. Résultat des courses : un médecin pouvait être le plus compétent du Maroc dans son domaine, mais être un piètre manager, d’où la faillite de la plupart des cliniques privées.

Avoir les deux à savoir la compétence technique et la compétence managériale (aspect financier compris) serait l’idéal et c’est ce à quoi s’attèlent les organisations internationales. Car il faut gérer les fonds de manière très rationnelle tout en étant un vrai militant.

En clair, dans l’humanitaire, on vous annonce beaucoup de sacrifices vu que vous serez éloignés de vos proches, envoyés dans des régions lointaines et occasionnellement dangereuses, mais en contrepartie nous vous assurons une excellente compensation.

Vous n’avez qu’à vous renseigner sur les charges des organisations ou associations travaillant dans l’humanitaire pour comprendre que les salaires constituent parfois le gros des frais fixes.

Gérer des personnes dans la détresse ou nécessitant une assistance n’est pas une mince affaire, donc l’époque où l’on recrutait uniquement des militants idéalistes est révolue.

Hicham Houdaifa