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Abdelahad Fassi Fihri, invité du Forum Adhérents

Date de publication : 4 juillet 2018 Rubrique : Actus CFCIM

« L’accroissement des villes pose des défis nouveaux, mais offre aussi des opportunités »

Abdelahad Fassi Fihri, Ministre de l’Aménagement du Territoire National, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, était l’invité du Forum Adhérents le 28 juin dernier au siège de la CFCIM. La rencontre portait sur le thème : « Aménagement du Territoire, Habitat et Politique de la Ville ».

Invité du Forum Adhérents de la CFCIM le 28 juin, le Ministre de l’Aménagement du Territoire National, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville Abdelahad Fassi Fihri a passé en revue les chantiers prioritaires de son Ministère. Il a commencé par aborder la politique d’aménagement du territoire, qui doit prendre en compte les politiques menées par les 12 régions, dans le contexte de la régionalisation. Abdelahad Fassi Fihri aborde ensuite la question particulière de la stratégie de développement rural. « Nous avons pour objectif de fixer les orientations fondamentales de l’État en la matière à la fin de l’année ou au début de l’année 2019 », indique-t-il.

Ces démarches, selon le ministre, doivent s’inscrire dans une logique de concertation. Des conférences territoriales seront ainsi organisées dans les mois à venir avant la définition d’une politique d’aménagement du territoire début 2019. Cette politique est élaborée alors que le pays connaît une urbanisation croissante, en particulier sur son littoral. « Cet accroissement inévitable des villes pose des défis nouveaux, mais offre aussi des opportunités en matière de développement et de création de richesses », assure le Ministre.

Pour y faire face, le Ministère a élaboré de nouveaux documents d’urbanisme. « Ces plans d’aménagement doivent définir la répartition des activités, ville par ville, zone par zone, etc. », précise Abdelahad Fassi Fihri. Les schémas directeurs sont au sommet de la pyramide de ces documents.

« Nous organisons l’espace, mais comment mettre ceci en œuvre de façon effective ? », se demande Abdelahad Fassi Fihri. Car si un document d’urbanisme prévoit par exemple une école ou un hôpital, sa réalisation dépendra d’une politique mise en œuvre par un autre acteur. Il faut aussi se demander s’il est pertinent d’intégrer l’habitat informel. « Notre idée est plutôt d’élaborer des plans d’aménagement où l’on n’entrerait pas dans le détail. On pourrait y faire apparaître les éléments fondamentaux comme les grands axes, les grands équipements publics, etc. ; ce qui laisserait des marges de manœuvre pour gérer ensuite les détails de manière souple », indique le Ministre.

Les 29 agences urbaines du pays sont des acteurs clefs. « Elles réalisent les études pour élaborer les plans d’aménagement, pilotent les concertations, jouent un rôle dans l’urbanisme opérationnel », souligne Abdelahad Fassi Fihri. Pour accompagner la régionalisation, des agences régionales d’urbanisme et d’aménagement du territoire sont créées. Au niveau régional, le Ministre rappelle aussi que la réforme des centres régionaux d’investissement (CRI) bat son plein.

Abdelahad Fassi Fihri évoque ensuite l’habitat, une autre compétence de son ministère. « Il faut accompagner le secteur du logement pour des raisons économiques, sociales et d’emploi. Il joue aussi un rôle important en matière de recettes fiscales », argumente-t-il. Il souligne que le secteur est en crise depuis quelques années, « ce qui est confirmé par les mises en chantier, la production de logement, la vente de ciment, qui sont en baisse ».

Un programme d’habitat économique qui a réduit le déficit de logements

Le Ministère a mené une concertation à travers neuf ateliers ayant réuni 1 000 personnes dont des architectes, des topographes, des notaires, des banques, des élus… L’objectif était d’aborder la question de l’obtention d’un logement abordable par chaque catégorie de la population. Le Ministre rappelle que les programmes « 140 000 dirhams » et « 250 000 dirhams » ont été mis en place. Ce dernier a concerné 350 000 logements, tandis que le programme « 140 000 dirhams » « a moins bien marché, car les promoteurs ont logiquement plus trouvé leur compte dans l’autre programme ». Le Ministère réfléchit à la manière de relancer ces programmes, en proposant une qualité de logements suffisante. Abdelahad Fassi Fihri veut aussi mettre l’accent sur l’habitat rural, « auquel on n’a pas donné tout l’intérêt qu’il mérite ». Il évoque notamment la mise à disposition d’une assistance technique et architecturale gratuite. « Ces centres émergents où il existe un début d’urbanisation peuvent décongestionner un peu les villes. Il faut mettre à niveau leurs équipements », explique le Ministre, qui déplore un éclatement trop important de ces centres.

Ces programmes ont contribué à faire passer le déficit en matière de logements de 1,2 million logements il y a vingt ans à 400 000 aujourd’hui, avec l’ambition de le porter à 200 000. « J’entends les critiques sur les immeubles réalisés dans le cadre de ces programmes. Mais des enquêtes assez poussées ont indiqué que 75 % des habitants en étaient satisfaits », décrit le Ministre.

Il évoque ensuite la question de l’habitat menaçant ruine. « C’est une grande problématique. Et il faut s’occuper sérieusement de la lutte contre l’habitat non réglementaire, qui deviendra demain la lutte contre l’habitat menaçant ruine », plaide-t-il. Il évoque les projets menés sur la base des orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour rénover les médinas. « Ils ont l’objectif de préserver un patrimoine culturel de civilisation qu’il faut préserver, mais il y a aussi un objectif social, d’amélioration des conditions de vie des habitants », décrit Abdelahad Fassi Fihri, pour qui ces projets ont permis de lancer une vraie dynamique économique, esthétique ou encore touristique. Une nouvelle loi sur l’habitat menaçant ruine a été adoptée et prévoit notamment la création d’une agence de l’habitat menaçant ruine et de la rénovation urbaine.

Une meilleure préservation du patrimoine architectural national

Le Ministère travaille aussi à la préservation des ksours et kasbahs, qui seraient 1000 dans le sud et le sud-est du pays. « Mon sentiment, c’est que ce programme est trop modeste. Il faut lui donner une autre dimension », plaide le Ministre, qui estime qu’un million d’habitants vivent dans ces lieux.

Abdelahad Fassi Fihri évoque ensuite la politique de la ville. « Ce n’est pas du tout la politique de la ville telle qu’elle est envisagée en France, où cela concerne essentiellement les quartiers périphériques. Au Maroc, c’est l’aménagement de nos grandes villes, en matière de voirie, d’équipements publics, ou encore d’aménités, c’est-à-dire ce qui rend agréable le cadre de vie, un mot que j’ai découvert en devenant ministre ! »

Se pose la question du financement. « Nous avons des possibilités budgétaires, mais elles sont limitées », précise Abdelahad Fassi Fihri. Il existe aussi un Fonds de Solidarité Habitat et Intégration urbaine « alimenté par une taxe sur un certain nombre de matériaux de construction ». Selon le ministre, il rapporterait au mieux 2 milliards de dirhams, avec une phase difficile en ce moment à cause de la crise. Ces possibilités financières doivent servir de levier pour attirer des partenaires.

Abdelahad Fassi Fihri plaide pour que la politique de la ville ne soit pas simplement un correctif des déficits d’équipement. « Nous devons mener une vraie politique, avec l’ensemble des autres départements, pour progresser vers une ville inclusive, durable, créatrice de richesse… Nous devons être dans une logique de développement humain. »

Le Ministre évoque tout le travail d’élaboration de la réglementation réalisé par ses services. Il plaide aussi pour la valorisation des plus belles réalisations sur le territoire, via des récompenses ou des publications. En matière d’application de la législation, ses services travaillent à pallier les difficultés de mise en œuvre de la loi de VEFA (Vente en l’État Futur d’Achèvement) ou de la Loi sur les copropriétés. Le Ministre conclut son intervention en évoquant la loi 66-12 sur le contrôle et les infractions en matière d’urbanisme, qui fait débat. « Le processus de contrôle est mis en place non pas pour couper des têtes, mais pour mieux maîtriser le processus de construction. Et l’administration se retire un peu plus de ce contrôle, les professionnels doivent jouer leur rôle », explique-t-il, en évoquant la création d’un cahier de chantier qui permet une meilleure traçabilité.