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Afrique

Les entreprises, pionnières de l’intégration africaine

Date de publication : 12 juin 2018 Rubrique : Echos international

Pour le cabinet de conseil Boston Consulting Group, les entreprises présentes en Afrique (africaines et multinationales) sont un moteur de l’intégration du continent. Malgré la fragmentation de l’Afrique, elles ont accéléré leur expansion régionale dans la dernière décennie.

L’intégration africaine s’accélère grâce aux entreprises, africaines et multinationales, qui opèrent sur le continent. C’est le constat du Boston Consulting Group (BCG) dans un rapport publié en avril dernier, « Pioneering One Africa ». L’organisme rappelle que l’Afrique est particulièrement fragmentée, principalement en raison du morcellement de la géographie, des zones de libre-échange et des services logistiques.

Pourtant, « malgré les obstacles liés à cette fragmentation, l’intégration économique en Afrique est non seulement en train de se réaliser, mais également de s’accélérer », selon l’étude. « L’Afrique investit plus en Afrique, l’Afrique commerce plus avec l’Afrique, et les Africains voyagent plus en Afrique », précisent les auteurs. Quatre statistiques semblent l’indiquer. D’abord, les Investissements Directs Étrangers des entreprises africaines en Afrique ont triplé entre 2005-2006 et 2015-2016. Sur la même période, le nombre de fusions-acquisitions intrarégionales est passé de 238 à 418. Les exportations annuelles intra-africaines moyennes ont augmenté de 41 à 65 milliards de dollars. Enfin, le nombre moyen de touristes africains en Afrique est passé de 19 à 30 millions par an. « Un certain nombre d’entreprises africaines ainsi que des multinationales qui ont une culture africaine très forte sont les moteurs et les pionniers de cette intégration. Les politiques ont beaucoup parlé d’intégration, mais nous constatons que sont les entreprises qui la rendent concrète », explique Patrick Dupoux qui dirige BCG Africa, la filiale du cabinet de conseil, basée à Casablanca. L’étude a identifié 150 entreprises, dont 75 africaines et 75 multinationales, qui mènent cette intégration. Les 32 entreprises sud-africaines sont les plus nombreuses, suivies de 10 entreprises marocaines. Les résultats relèvent que les 30 meilleures compagnies africaines opèrent désormais dans 16 pays africains, contre 8 en 2008.

Elle prend l’exemple de BMCE Bank et d’Attijariwafa bank qui, avec respectivement 700 et 560 agences implantées dans 14 et 20 pays africains, sont devenus « les deux groupes bancaires les plus importants d’Afrique en termes d’empreinte ». En 2016, « les opérations de la BMCE en Afrique subsaharienne ont contribué à plus de 40 % du chiffre d’affaires de la banque et à plus de 30 % de son bénéfice ».

Comment expliquer cette dynamique continentale ? « Il y a plusieurs raisons. D’abord, l’Afrique est constituée d’un grand nombre de marchés relativement restreints. Les entreprises qui ont atteint une taille plus importante du fait de l’émergence de classes moyennes et à l’expansion de l’économie dans leur pays d’origine vont alors chercher la croissance là où elle se trouve. Ils

regardent vers l’Afrique, où la concurrence n’est pas encore trop sévère et qui a moins intéressé les acteurs internationaux ces dernières années. Ensuite, la connectivité s’améliore grâce à des liaisons aériennes directes, un secteur logistique plus performant, et la croissance de certains pays d’Afrique subsaharienne. Dans certains cas comme au Maroc, l’impulsion politique a été réelle », décrypte Patrick Dupoux. Des entreprises ont, aussi, atteint une taille critique qui leur a permis de s’internationaliser.

Si les sociétés sud-africaines dominent la sélection opérée par BCG, les entreprises marocaines tirent leur épingle du jeu. « Le Maroc a clairement fait le pari de l’Afrique, juge Patrick Dupoux. Le pays a des entreprises performantes et mûres placées sur un marché intérieur qui n’est pas énorme. Elles sont donc allées vers l’Afrique, soutenues par la politique royale. »

L’étude détaille la manière dont ces entreprises s’étendent sur le continent via huit types d’actions : les fusions-acquisitions, l’innovation locale, la construction d’écosystèmes ou encore les investissements verts. Ces entreprises font désormais face à de grands défis, mais BCG estime que « si la dernière décennie a bien prouvé quelque chose, c’est qu’elles ont surmonté l’adversité avec talent ». Pour Patrick Dupoux, elles pourraient même montrer la voie à une intégration politique, car « souvent, ce sont ces entreprises pionnières qui ont poussé à la réduction des barrières tarifaires ou douanières, ou qui demandent également que les Africains puissent voyager sans visa. »

Rémy Pigaglio