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Benin

Zoom sur le marché béninois

Date de publication : 5 juin 2018 Rubrique : Echos international

Interview d’Ibrahima Fall, Conseiller Entreprise ASKA International

Ibrahima FallConjoncture : Pouvez-vous nous parler du marché béninois ?

Ibrahima Fall : Situé en Afrique de l’Ouest, le Bénin qui couvre une superficie de 114 763 km2partage ses frontières avec la République du Niger, le Burkina Faso, le Togo et le Nigéria. Sur le plan économique, le Bénin affiche depuis 2016 un taux de croissance progressif, 4 % en 2016 et 5,6 % [1] en 2017, et les projections sont de l’ordre 6 % pour l’année 2018. Les secteurs primaire, secondaire et tertiaire représentent respectivement 20,6 %, 22,5 % et 56,9 % du PIB en 2016, et l’informel concernerait près de 90 % de la population active.

Il convient de souligner que l’année 2015 avait été marquée par une forte baisse de l’activité économique (taux de croissance de 2,1 %), en grande partie expliquée par la récession subie par le Nigéria du fait de la chute des cours du pétrole cette année-là.

En effet, les deux pays partagent une frontière de 704 km, où se réalise un important commerce de réexportation de divers produits (alimentaires, textiles, véhicules d’occasion, etc.) du Bénin vers le Nigéria contribuant ainsi pour environ 14 % des recettes fiscales du Bénin. Notons que 80 % des importations béninoises sont destinées au marché nigérian et révèlent donc une forte dépendance de l’économie béninoise par rapport à son voisin.

Sur le plan politique, le Bénin continue de bénéficier d’un régime démocratique stable. La reprise économique du pays, en partie due à l’amélioration de la conjoncture économique du Nigéria, coïncide également avec l’arrivée au pouvoir en avril 2016 de Patrice Talon qui, à travers un nouveau programme de développement national dénommé « Bénin Révélé », met l’accent sur la diminution du chômage des jeunes et sur la diversification de l’économie béninoise, pour le moment essentiellement basée sur le coton, principal pourvoyeur de devises pour le pays.

Ce programme repose sur un portefeuille de 45 projets phares et cible 9 secteurs clés que sont le tourisme, l’agriculture, les infrastructures, le numérique, l’électricité, le cadre de vie, la cité internationale de l’innovation et du savoir, l’eau potable et la protection sociale.

Sur le plan social néanmoins, le Bénin reste dans la catégorie des pays à faible développement humain avec un indice IDH de 0,485 en 2015. Le taux de pauvreté a augmenté ces dernières années, passant de 36,2 % en 2011 à 40,1 % en 2015 [2]. La question de l’inclusion sociale et de la répartition des richesses demeure un véritable challenge pour les années à venir, au regard notamment de la forte croissance démographique, avec une population de 11 186 785 habitants en 2017, qui est amenée à croître de 2,77 % par an.

Quels sont les principaux atouts du pays ?

Considéré comme un pays de transit vers le Nigéria et comme un accès maritime pour les pays enclavés comme le Niger, le Burkina Faso et le Mali, le Bénin jouit d’une position géographique stratégique dans l’espace ouest-africain. Son port représente ainsi la porte d’entrée principale et le sous-secteur portuaire joue un rôle essentiel dans l’économie nationale. De plus, le corridor autoroutier Abidjan-Lagos qui va relier ces deux capitales en passant par Accra (Ghana), Lomé (Togo) et Cotonou (Bénin) lui ouvre un marché potentiel de plus de 100 millions d’habitants. Son appartenance à l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) et à la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est aussi un atout considérable. Le Bénin est également reconnu comme étant l’une des démocraties les plus stables du continent africain et Patrice Talon, Président de la République du Bénin, a reçu le prix de la gouvernance 2016 de l’Institut Mandela.

Cependant, en dépit de ces indicateurs positifs, l’économie béninoise demeure confrontée à certaines faiblesses liées à une agriculture peu diversifiée et dépendante des aléas climatiques, et à un secteur informel galopant dans le commerce de réexportation.

Quels sont les dispositifs mis en place pour les investisseurs étrangers ?

L’environnement des affaires reste difficile au Bénin, comme en témoigne le rapport du Doing Business 2018, qui positionne le pays à la 151eposition sur 190 et derrière les pays voisins comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, mais devant le Togo, le Cameroun et le Gabon.

Néanmoins, le Bénin, qui a gagné 4 places par rapport au classement 2017, a entrepris ces dernières années des efforts pour faciliter les conditions d’investissement et pouvoir proposer un cadre des affaires plus attractif pour les investisseurs étrangers. Parmi ces mesures, nous pouvons citer la création de cinq régimes privilégiés, des allégements fiscaux et douaniers, une zone industrielle et une zone franche industrielle. À cela s’ajoute le lancement d’un guichet unique, la modernisation du système de passation des marchés publics et des dispositions en faveur de l’autosuffisance énergétique. Dans le Code des Investissements, une priorité est accordée aux entreprises qui contribuent à la valorisation des ressources locales et à générer des emplois et de la valeur ajoutée. L’investisseur jouit également de la liberté de gestion et de transfert des capitaux.

Des mesures qui devraient encourager la reprise des Investissements Directs Étrangers (IDE) qui avaient chuté en 2015 à 150 millions de dollars (contre 405 millions en 2014), mais qui ont connu une légère amélioration en 2016 avec 161 millions de dollars selon la CNUCED.

Les relations entre les deux pays sont-elles développées ? Quel potentiel représente le Bénin en matière d’échanges économiques avec le Maroc ?

Les relations entre le Bénin et le Maroc, aussi bien sur le plan des échanges commerciaux, que sur celui des Investissements Directs Étrangers et des relations diplomatiques, sont en évolution.

Tout d’abord, les flux d’échanges entre les deux pays révèlent une balance commerciale excédentaire au profit du Maroc. En effet, les exportations du Maroc vers le Bénin en 2017 ont atteint29 682[3] milliers de dollars tandis que les importations marocaines depuis le Bénin se sont élevées, dans le même temps, à 596 milliers de dollars.

Les principaux produits marocains exportés vers le Bénin sont les poissons et crustacés, les mollusques et autres invertébrés aquatiques, les préparations à base de viande et de produits de la mer, le papier, les équipements, les appareils et matériels électriques, les ouvrages en fonte, fer ou acier.

À l’inverse, le Maroc importe essentiellement depuis le Bénin des fruits comestibles, des écorces d’agrume ou de melon, des préparations à base de viande, de poisson ou de crustacé, des mollusques, du café, du thé, du maté et des épices, du bois, du charbon de bois et des ouvrages en bois.

Aujourd’hui, le Bénin est le 8eclient du Maroc en Afrique de l’Ouest, tout juste derrière le Burkina Faso, puis le Mali, le Ghana, le Nigéria, la Côte d’Ivoire, la Mauritanie et le Sénégal qui est le premier client du Royaume Chérifien. Il est par ailleurs le 10efournisseur du Maroc en Afrique de l’Ouest, juste après le Burkina Faso, le Cap-Vert, le Mali, le Ghana, le Sénégal, le Togo, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Nigéria.

En matière d’investissements directs marocains au Bénin, les secteurs des services notamment la banque, les assurances, les télécoms, sont fortement représentés, avec l’implantation de Groupes tels que la Banque Centrale Populaire (BCP), Attijariwafa Bank et Maroc Telecom. Dans le secteur du BTP, les Groupes Somagec (Société Maghrébine de Génie Civil) et Addoha sont présents. Dans l’industrie des eaux embouteillées, la Société les Eaux Minérales d’Oulmès possède aussi une filiale au Bénin sous la dénomination Eau Technologie Environnement (ETE).

Enfin, sur le plan diplomatique, les deux pays entretiennent des relations étroites, comme en témoigne par exemple la création de la Grande Commission mixte de coopération bénino-marocaine. Le Royaume chérifien a également participé dans plusieurs projets de développement et notamment le financement de la construction des résidences universitaires Hassan II sur le campus d’Abomey Calavi en 2004. Toujours en vue de resserrer la coopération avec le Bénin, le gouvernement marocain souhaite accompagner davantage le programme d’action de l’exécutif béninois pour le quinquennat 2016-2021.

Par conséquent, le cadre de la coopération économique et diplomatique déjà existante entre les deux pays, couplé aux ambitieux programmes/chantiers de développement du gouvernement béninois, laisse présager un important potentiel de renforcement des relations entre ces deux partenaires.

Quels sont les secteurs les plus porteurs, notamment pour les entreprises marocaines ?

Le Bénin dispose d’importantes perspectives de développement dans plusieurs secteurs tels que l’agroalimentaire, la transformation du coton, les mines, la pêche et l’élevage, les infrastructures, le tourisme et les télécommunications qui restent des activités encore sous-exploitées au regard des projets engagés.

Dans le BTP béninois, de bons résultats ont été enregistrés ces dernières années avec une augmentation de sa valeur ajoutée (hausse de 7,6 % en 2015) et de sa contribution au PIB. Face à la croissance démographique et à la forte urbanisation au Bénin, le gouvernement a mis en place de nombreux projets et programmes d’infrastructures rurales et urbaines et de logements sociaux. La réalisation de ces pôles régionaux de développement entrainera une demande importante de matériaux de construction, créant ainsi des opportunités commerciales notamment pour les entreprises marocaines qui sauront se positionner.

Dans le secteur de l’agriculture et de l’agroalimentaire également, le pays n’exploite que 20 % des terres arables sur les 80 % disponibles. Les filières de l’anacarde et de l’ananas sont très porteuses et représentent un potentiel de développement considérable pour les investisseurs.

Enfin, la fourniture d’énergie électrique au Bénin reste insuffisante, si bien que le pays dépend à 90 % du Ghana, de la Côte d’Ivoire et du Nigéria pour satisfaire la demande en électricité de ses populations. Ainsi, d’importantes opportunités se présentent pour les investisseurs sur les secteurs précités et il en est de même pour les télécommunications, le tourisme, les mines, etc.

[1]Données Banque mondiale

[2]INSAE

[3]www.trademap.org