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Maroc

Ces inventeurs marocains qui brillent loin du Maroc

Date de publication : 18 mai 2018 Rubrique : Zoom

Les inventeurs marocains font régulièrement la Une des médias grâce aux nombreuses médailles qu’ils glanent à travers le monde, mais ils déplorent souvent un manque de soutien dans leur pays.

Les inventions marocaines ont du mal à trouver preneur sur leur terre d’origine. Le mythe de l’inventeur génial et solitaire a vécu.Aujourd’hui, «un inventeur seul ne pourra jamais arriver à développer son idée, à la protéger et à la commercialiser : peu importe son degré d’ingéniosité, cela relève de l’impossible ! » Cette déclaration de Majid El Bouazzaoui, Président de l’OFEED (« je suis utile » en arabe), l’association marocaine membre de l’IFIA (Fédération Internationale des Associations d’Inventeurs), illustre le désarroi des inventeurs marocains. Ces derniers sont en effet reconnus par la communauté scientifique, mais se trouvent, le plus souvent, dans l’incapacité de commercialiser leurs inventions par manque de soutien.

Manque de soutien au Maroc

Le mois dernier, l’invention de Majid El Bouazzaoui a remporté quatre nouveaux prix aux salons internationaux de Genève et Moscou, après en avoir décroché six en 2017 à travers le monde. Il s’agit d’un modèle de panneaux solaires qui changent d’orientation automatiquement pour éviter l’accumulation de poussière et de sable, permettant ainsi de réaliser d’importantes économies d’eau lors de leur nettoyage. Si des négociations commerciales pour l’exploitation de cette invention sont actuellement en cours avec plusieurs pays, dont le Kazakhstan, Taiwan, le Koweït et la France, rien ne garantit leur aboutissement.

« Trouver l’idée originale ne constitue, en fait, qu’une infime partie de la difficulté, devant les nombreuses contraintes rencontrées tout au long du processus de réalisation pour arriver à la commercialisation ». Et Majid El Bouazzaoui sait de quoi il parle : bien que lauréat de 48 distinctions internationales – dans plus de 20 pays – dont 24 médailles d’or, il n’a jamais trouvé d’investisseurs ni de soutien au Maroc. Sa précédente invention, un « écran multi-vues » permettant à plusieurs personnes de suivre des programmes différents sur un même téléviseur, lui a déjà valu de nombreuses récompenses sans pour autant être commercialisée. Tombée dans le domaine public, cette idée vient d’être reprise par un autre inventeur aux États-Unis ! Au Maroc, Majid El Bouazzaoui regrette de ne bénéficier d’aucun appui malgré les 14 brevets qu’il a déposés à l’OMPIC. Décoré par Sa Majesté le Roi Mohammed VI lors de la Fête du Trône en 2016, il a multiplié les échanges avec les pouvoirs publics et les investisseurs en vain. Quand il représente le pays au niveau international, c’est toujours à ses frais : « j’ai dû puiser dans mes propres ressources financières et celles de ma famille pour participer aux événements internationaux, sans jamais trouver de sponsoring ou de partenaires financiers ».

Reconnaissance internationale

De nombreux inventeurs marocains brillent dans les concours internationaux et espèrent trouver des investisseurs pour valoriser leurs recherches. Parmi eux, le biologiste Adnane Remmal, Professeur à l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah à Fès, a obtenu le Prix de l’Inventeur Européen 2017. Son invention, explique l’Office Européen des Brevets (OEB), « améliore l’efficacité des antibiotiques classiques grâce aux propriétés médicinales naturelles de plantes aux vertus bactéricides ». De même, Laila Sedki, Doctorante de l’École Mohammedia des Ingénieurs, a notamment été récompensée en 2017 par une médaille d’or lors de la Bitgaram International Exposition of Electric Power Technology (BIXPO) organisée en Corée du Sud, et en a décroché une autre lors du 32e Salon international des inventions

INPEX aux États-Unis. Solardo, son projet utilisant la technologie des fibres optiques mis au point avec le Professeur Mohammed Maaroufi, permet de transmettre la lumière du soleil de l’extérieur du bâtiment vers l’intérieur.

Enfin, pour certains, la réussite se construit aussi à l’étranger. C’est le cas de Rachid Yazami (lire l’entretien), originaire de Fès, qui a débuté ses recherches en France avant de les poursuivre aujourd’hui à Singapour. Co-inventeur de la batterie au lithium dans les années 1980, qui lui a valu le Prix Draper (équivalent du Prix Nobel pour les ingénieurs), il regrette à présent de ne pas pouvoir faire profiter son pays de ses découvertes. En effet, son projet d’usine de batteries nouvelle génération n’a pas trouvé suffisamment d’échos au Maroc et il s’apprête à le développer en Chine. Un autre rendez-vous manqué entre le Royaume et l’innovation ?

Thomas Brun

 Majid El Bouazzaoui