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Afrique

Zone de libre-échange africaine : interview de Nabil Boubrahimi

Date de publication : 18 mai 2018 Rubrique : Echos international

Interview de Nabil Boubrahimi, Professeur d’Économie à l’Université Ibn Tofaïl de Kénitra

«  En générant plus de richesses en Afrique, la zone de libre-échange continentale profitera au Maroc » 

Nabil BoubrahimiConjoncture : Que contient le traité sur la Zone de Libre Échange Continentale (ZLEC) africaine adopté le 21 mars dernier à Kigali et signé par le Maroc ?
Nabil Boubrahimi : Ce traité, qui peut être signé par les États membres de l’Union africaine (UA), est en quelque sorte le texte fondateur de la zone de libre échange continentale. Il comporte les ingrédients d’un cadre opérationnel destiné à l’administration de cette zone. Il énonce les engagements des pays signataires, tels que l’élimination des barrières tarifaires et non tarifaires au commerce des marchandises et services, la coopération en matière de politique de la concurrence, de réglementation douanière, ou encore l’harmonisation du droit de la propriété intellectuelle. Il identifie les obstacles et incite les États à les éliminer pour, ensuite, aller plus loin dans la coopération. L’étape suivante est désormais le passage à l’action.

Les comités de l’UA doivent fixer des échéances. Sinon, le risque est d’en arriver au même niveau que plusieurs Communautés Économiques Régionales (CER) africaines dont le cadre (souvent inspiré de l’Union européenne) existe, mais d’où rien de concret n’en est sorti.

Que pourrait apporter au Maroc la création de cette zone ?

Selon plusieurs études, le commerce intra-africain pourrait être dopé de 35 milliards de dollars par an si une telle zone était mise en place et si les barrières tarifaires et non tarifaires étaient abolies. Le Maroc a choisi d’aller vers une coopération avec les autres pays africains. La demande d’adhésion à la CEDEAO l’a démontré. En générant plus de richesses en Afrique, la ZLEC profitera au Maroc.

Le Royaume connaît actuellement des difficultés pour exporter certains de ses produits vers les marchés européens et américains, qui fixent des exigences en matière de normes. Il a donc tout intérêt à se tourner vers le commerce intra-africain. L’Afrique est, aujourd’hui, la zone la moins intégrée du monde. Son commerce intra-régional est à hauteur de 12 %, alors qu’il est de 70 % dans l’UE, 52 % en Asie et 50 % en Amérique du Nord. Cela démontre qu’il existe un énorme potentiel.

Quel rôle pour les communautés économiques régionales dans la ZLEC ?
Les CER africaines ont des niveaux d’intégration très variés. La ZLEC pourra constituer un cadre global et alors contribuer à dynamiser certaines d’entre elles. Elle pourra aussi s’appuyer sur les acquis des communautés les plus avancées.

Le fonctionnement le plus efficace serait que les discussions, au sein de la ZLEC, aient lieu au niveau des CER. Si le Maroc rejoint la CEDEAO, celle-ci parlera en son nom. Mais si son adhésion n’aboutit pas, le Royaume pourra toujours s’exprimer en tant que pays, et non en tant que membre d’une communauté.

Propos recueillis par Rémy Pigaglio