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Connecter les entreprises et la recherche scientifique pour innover

Date de publication : 3 mai 2018 Rubrique : Zoom

Classé à la 72e place du Global Innovation Index, le Maroc conforte sa position en Afrique, mais tarde à franchir un nouveau palier. Si l’innovation est très présente dans le discours des entreprises, les résultats sont plus discrets. Pour y remédier, les différents acteurs de l’écosystème cherchent à développer leurs collaborations.

Technologique, sociale ou encore pédagogique, depuis plusieurs années, l’innovation semble s’imposer partout au Maroc. Les conférences dédiées au sujet se multiplient et la plupart des grandes entreprises rivalisent d’imagination pour mettre en scène leur politique en la matière. Hackathons, soutiens aux startups, lancement d’applications… l’innovation devient souvent une valeur d’entreprise et un objet de communication, parfois au risque d’être vidée de son sens. Pourtant, loin du langage « corporate » galvaudé, elle demeure un concept stratégique, vecteur essentiel de productivité et de croissance économique.

Qu’est-ce que l’innovation ?

Selon la définition de l’OCDE, l’innovation est « la mise en œuvre d’un produit (bien ou service) ou d’un procédé nouveau ou sensiblement amélioré, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une méthode organisationnelle dans les pratiques de l’entreprise, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures »*. L’OCDE distingue alors quatre types d’innovation : celles relatives au produit, au procédé, à la commercialisation et, enfin, à l’organisation.

Ainsi, l’innovation va bien au-delà de la recherche et développement (R&D) et ne se limite pas aux laboratoires :  son champ « englobe l’ensemble des utilisateurs, des fournisseurs et des consommateurs – que ce soit dans les administrations publiques, les entreprises ou les organismes à but non lucratif – et elle transcende les frontières entre pays, secteurs et institutions ».

Concrètement, l’innovation peut être représentée comme un processus débutant par une idée ou une découverte issue de la recherche fondamentale, qui sera ensuite développée puis testée en vue d’une éventuelle exploitation. Pour favoriser cette démarche, chaque pays construit un écosystème susceptible d’encourager son émergence. Il s’agit donc de placer les entreprises et les porteurs de projets dans un environnement propice, où ils pourront trouver les soutiens nécessaires à leur réussite, sur les plans administratifs, scientifiques et financiers notamment.

Où en est le Maroc ?

Pour évaluer les performances de chaque pays en matière d’innovation, l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) a élaboré, en partenariat avec l’Université Cornell et l’INSEAD (Institut européen d’administration des affaires), un indice reconnu internationalement : le Global Innovation Index (GII). Lors de sa dernière publication en 2017, le palmarès était dominé par la Suisse, suivie par la Suède, les Pays-Bas, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Danemark, Singapour, la Finlande, l’Allemagne, et l’Irlande. Plus loin, la France se hisse au 15e rang et le Maroc, au 72e sur 127 pays. Le Royaume maintient ainsi son classement de 2016, mais améliore son score pour la 5e année consécutive : il atteint 32,7 cette année, contre 32,2 en 2016, et 28,7 en 2011.

Si le Maroc ne pèse pas très lourd sur l’échiquier international, il consolide toutefois sa position en tant que leader en Afrique du Nord et fait également partie du podium des États africains les plus innovants, après l’Afrique du Sud et l’Ile Maurice.

Un état des lieux contrasté

Cet indice mondial prend en considération les capacités et les résultats des pays en matière d’innovation, en se basant sur plus de 80 indicateurs. Comme l’explique Adil El Maliki, Directeur Général de l’Office Marocain de la Propriété Industrielle et Commerciale (OMPIC), cela constitue un bon référentiel pour évaluer les performances et déterminer les axes de progrès.

Ainsi, le Maroc enregistre des scores satisfaisants concernant les rubriques « capital humain et recherche », « infrastructure » et « produits de la créativité ». Ses points forts se concentrent notamment sur les actifs immatériels, une catégorie où il figure à la 39e place grâce aux critères relatifs aux dépôts effectués à l’OMPIC (marques et dessins et modèles industriels).

En revanche, le rapport du GII relève également des points faibles : le Maroc se classe 115e en ce qui concerne l’indicateur « innovation linkage » et 93e en matière de collaboration entre universités et industries dans le domaine de la recherche. En d’autres termes, les acteurs de l’écosystème de l’innovation ne développent pas assez de relations entre eux pour être efficaces.

Un écosystème au ralenti

Si les infrastructures du Royaume sont satisfaisantes et les compétences bien présentes, il s’avère que les résultats ne sont pas à la hauteur de ce que pourrait attendre le pays. Ainsi, l’écosystème de l’innovation au Maroc doit encore progresser pour trouver son équilibre et assurer une bonne relation entre l’ensemble des parties prenantes : entreprises, porteurs de projets, universités, centres de recherche, laboratoires, investisseurs, administrations, organismes publics et société civile notamment.

En 2009, l’Initiative Maroc Innovation avait été lancée par le gouvernement et la CGEM pour stimuler l’écosystème autour de quatre axes : la gouvernance et le cadre, l’infrastructure, le financement et le soutien, ainsi que la mobilisation des talents. Son objectif était ambitieux et visait le dépôt de 1 000 brevets marocains par an et la création de 100 startups innovantes chaque année à partir de 2014. Or, les résultats ne sont pas au rendez-vous, puisque moins de 250 brevets d’origine marocaine sont déposés chaque année et le nombre d’entreprises innovantes créées ne dépasse pas quelques dizaines.

Selon la Banque mondiale, « ces résultats s’expliquent en partie par la faiblesse du cadre légal et opérationnel protégeant la propriété intellectuelle des entrepreneurs, le capital des investisseurs et les créances des établissements financiers, ainsi que par les goulets d’étranglement de types procédural et administratif dans le processus d’insolvabilité »**.

Améliorer la coopération

L’une des clés pour encourager l’innovation au Maroc réside incontestablement dans la coopération entre les entreprises, les universités et les centres de recherche. Si certains groupes internationaux, tels que Lafarge Holcim ou IBM, ont construit de grands centres d’innovation et noué des liens avec des établissements d’enseignement supérieur, la grande majorité du tissu économique marocain reste relativement isolée. De même, si certains centres de recherche, comme la Fondation MAScIR, ont su conclure de nombreux partenariats avec le secteur privé pour répondre à leurs problématiques de R&D, la valorisation de la recherche scientifique doit être soutenue pour obtenir de meilleurs résultats. Enfin, l’immense potentiel que représentent les chercheurs universitaires marocains doit être mieux exploité en permettant à un maximum d’entreprises de s’y intéresser. L’Université Cadi Ayyad de Marrakech, l’Université Internationale de Rabat ou encore l’Université Hassan 1er de Settat notamment, multiplient les initiatives en ce sens et doivent inspirer les autres établissements du pays.

Accompagner les acteurs

Pour soutenir la démarche des universités, l’OMPIC œuvre, avec elles, à la création de structures de transfert de technologie, basées sur le modèle américain des TTO, qui ont pour rôle de diffuser auprès des entreprises les résultats des activités de recherche pouvant les intéresser. De même, l’Office a créé le TISC (Technology and Innovation Support Centers), un réseau qui permet d’accompagner tous les acteurs de l’écosystème à travers la mise à disposition de l’information technologique et l’assistance à la valorisation des résultats de recherche.

Il faut en effet souligner qu’aujourd’hui une grande partie du travail d’innovation s’appuie sur l’analyse des données et brevets existants à travers le monde et accessibles via les ressources numériques.

 

 Thomas Brun

 

* Manuel d’Oslo : Principes directeurs pour le recueil et l’interprétation des données sur l’innovation, OCDE, 3e édition.

 

**Le Maroc à l’horizon 2040 : Investir dans le capital immatériel pour accélérer l’émergence économique, Groupe de la Banque Mondiale, 2018.

 

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