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Ghana

Coopération Ghana-Maroc : un partenariat prometteur

Date de publication : 13 avril 2018 Rubrique : Echos international

MalickInterview de Papa Malick Thiam, Analyste au sein du Centre d’Intelligence Économique de BMCE Bank of Africa

Comment se porte aujourd’hui l’économie ghanéenne ?

Partant d’une économie initialement basée sur l’exportation de matières premières, le Ghana a su progressivement apporter de la valeur ajoutée au tissu productif, en dépit d’un léger « trou d’air » au début de cette décennie. En effet, l’exploitation d’importantes réserves en pétrole, or, diamant, manganèse, aluminium et bauxite, conjuguée à un potentiel agricole remarquable – le Ghana faisant partie des plus importants producteurs mondiaux de cacao, café… -, a permis au pays de rejoindre le groupe des économies à revenu intermédiaire, mais aussi d’initier une diversification avec une prédominance des services (56,5 %) et de l’industrie (24,3 %).

Depuis, la forte croissance des dépenses budgétaires, sans croissance équivalente des rentrées fiscales, la chute du cours des matières premières, ainsi que la forte dépréciation du Cedi, ont limité le potentiel de l’économie.

L’élection du nouveau Président Nana Akufo-Addo, fin 2016, a coïncidé avec un regain de dynamisme. La montée en puissance de la production des champs d’hydrocarbures ainsi que la bonne tenue des secteurs non pétroliers s’est traduite par une croissance attendue à 6 % en 2017, et estimée à 9 % en 2018, permettant au Ghana de s’afficher, de nouveau, en champion de l’Afrique de l’Ouest avec la Côte d’Ivoire.

Quels sont les grands axes et projets de coopération entre le Maroc et le Ghana ? Comment peut-on développer les échanges entre les deux pays ? 

Depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques en 1960, le Maroc et le Ghana entretiennent des relations étroites, qui se sont consolidées au fil des années, le pays faisant partie du giron stratégique que représente l’Afrique de l’Ouest pour le Royaume.

Toutefois, les échanges commerciaux avec le Maroc demeurent perfectibles, par rapport au potentiel offert. En effet, entre 2012 et 2016, le volume des échanges entre ces deux pays a atteint 4,3 milliards MAD, la majorité du commerce extérieur étant réalisée par les exportations marocaines à destination du Ghana. Le Maroc exporte ainsi principalement des engrais, conserves de poissons et ciment pour importer fruits frais et secs, bois, bananes fraîches et cacao.

À terme, le partenariat entre les deux pays devrait connaitre une nouvelle dynamique grâce aux politiques sectorielles de diversification amorcées par le Royaume ces dernières années et à la signature de plus d’une vingtaine d’accords de coopération en marge de la visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en février 2017 à Accra, de l’agro-industrie aux banques et assurances, en passant par les énergies renouvelables.

La potentielle intégration du Maroc à la CEDEAO pourrait également permettre d’ouvrir une ère de relations plus poussées avec le Ghana.

La présence des « champions » marocains (OCP, Saham, Addoha, etc.) peut-elle faciliter l’implantation des autres entreprises marocaines, notamment les PME ? 

S’il est vrai que les entreprises marocaines ont traditionnellement privilégié l’Afrique de l’Ouest francophone, quelques-unes se sont lancées sur le marché ghanéen au travers d’une implantation ou de la réalisation de divers programmes d’investissement : Addoha, Ciment de l’Atlas, Saham Assurance, OCP Africa…

C’est aussi le cas du Groupe BMCE Bank of Africa qui, au début de cette décennie, a acquis Amal Bank. Il est alors possible de faciliter l’implantation d’autres entreprises marocaines à travers la bonne connaissance du marché et la maîtrise de l’environnement des affaires.

Par ailleurs, le climat de confiance dont bénéficient les PME auprès de ces géants sur le marché marocain peut faciliter l’établissement d’une coopération entre les deux parties sur le marché ghanéen, dans le cadre de la formation d’écosystèmes in situ.

Enfin, ces grandes entreprises peuvent encadrer et accompagner l’implantation des PME marocaines sur le marché ghanéen à travers des missions de prospection et de promotion à l’instar des missions African Business Connect initiées par BMCE Bank Of Africa et Maroc Export.

Quels sont les créneaux les plus intéressants où investir ? Que conseillez-vous aux entreprises marocaines qui souhaitent y développer leurs activités ?

Les opportunités de développement sur le marché ghanéen se présentent surtout dans l’agriculture et l’industrie agroalimentaire – 65 % des terres sont dédiées aux principales cultures que sont le cacao, l’huile de palme, la noix de cola, les céréales et le bois. Si le pays est le 2e producteur mondial de cacao, il ne transforme que 30 % de sa production.

Les hydrocarbures et les mines restent aussi des secteurs porteurs. Si le premier a pu bénéficier de la montée en puissance de la production du champ de Tweneboa d’Enyenra Ntomme, le second demeure un secteur important, le Ghana étant le 2e producteur d’or en Afrique. L’énergie, les assurances et la grande distribution restent également des marchés sous-exploités.

Concernant les entreprises marocaines qui souhaiteraient y développer leurs activités, il serait plus intéressant d’accompagner et de s’associer à des partenaires locaux s’orientant vers des produits innovants à forte valeur ajoutée.

 

Sources : FMI, PEA 2018, GHANA STATISTICAL SERVICE, Office des Changes, Presse.