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Cameroun : des échanges commerciaux bilatéraux qui ont presque doublé en 5 ans

Date de publication : 9 janvier 2018 Rubrique : Echos international

Said HidaneInterview de Said Hidane, Analyste Senior au sein du Centre d’Intelligence Économique de BMCE Bank of Africa

Comment se portent les relations économiques entre le Maroc et le Cameroun ? Entretenant de solides relations d’amitié depuis l’établissement de rapports diplomatiques en 1965, les gouvernements du Maroc et du Cameroun ont conclu différents accords de coopération. Mais ce n’est que depuis cette dernière décennie, et la politique volontariste des autorités publiques marocaines, que les relations économiques ont enregistré une réelle dynamisation.

Les échanges commerciaux bilatéraux ont ainsi quasiment doublé sur les cinq dernières années pour s’établir à 678,3 millions de dirhams en 2016, contre 373 millions de dirhams en 2008. Le Maroc importe essentiellement du café, du bois et du coton et exporte principalement du ciment, des engrais, du papier/carton et des conserves de poisson.

De même, les Investissements Directs Étrangers marocains à destination du Cameroun ont atteint un record l’année dernière : 586 millions dirhams, après une décennie au cours de laquelle ils n’ont que très rarement dépassé les 100 millions de dirhams. Parallèlement, les opérateurs marocains ont renforcé leur présence dans le pays dans plusieurs domaines : banques, télécommunications, immobilier, ciment, agroalimentaire, etc.

Quelle est la stratégie du Cameroun en matière d’investissement étranger ?

Afin d’accélérer la croissance économique et de construire un tissu productif compétitif, le Cameroun a pris des mesures importantes pour améliorer le cadre juridique de l’investissement privé. La loi n° 2013/004, votée en 2013, fixe ainsi plusieurs types d’incitations aux investisseurs nationaux et étrangers, en accordant aux opérateurs économiques porteurs de projets industriels une série d’exonérations fiscales et douanières sur une période allant de cinq à dix ans.

Par ailleurs, le gouvernement camerounais a créé l’Agence de Promotion des Investissements (API). Afin de simplifier davantage les procédures pour l’investissement privé, cette structure a été rattachée à la Présidence de la République, et s’est vue confier un rôle plus important dans l’agrément et le traitement des dossiers d’investissement.

D’autres instances dédiées à l’amélioration de l’attractivité du pays ont également été mises en place, telles que le Conseil de Régulation de la Compétitivité, le Cameroun Business Forum, les Centres de Formalités de Création d’Entreprises, ou encore le Guichet Unique du Commerce Extérieur.

Enfin, le gouvernement entend poursuivre ses efforts en vue de doter le pays d’infrastructures modernes, susceptibles d’attirer l’investissement privé, et d’améliorer le climat des affaires en concertation avec la SFI.

Quelles sont les perspectives offertes par le marché camerounais, notamment pour les opérateurs marocains ? Quelles sont les filières les plus prometteuses ?

De par sa position stratégique, le Cameroun se situe au carrefour de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale, marché potentiel de près de 300 millions de consommateurs. L’économie camerounaise, la plus diversifiée de la sous-région, a par ailleurs fait preuve d’une grande résilience aux chocs exogènes en maintenant un niveau de croissance relativement appréciable. D’autres atouts tels que la stabilité politique, les multiples richesses en ressources naturelles (énergétique, forestière, agricole et minière), le dispositif public de soutien à l’investissement et la poursuite des projets d’infrastructure, consolident davantage l’attractivité du pays.

Le Cameroun abrite la population la plus importante de la CEMAC [Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale], soit plus de 23 millions habitants. Le marché camerounais présente ainsi des opportunités intéressantes pour les entreprises marocaines, dont certaines opèrent déjà dans le pays. Dès lors, les activités les plus prometteuses sont à chercher dans l’agriculture, l’énergie, les mines et hydrocarbures, les infrastructures de transport, la santé et les services financiers.

Que conseillez-vous aux entreprises marocaines qui souhaitent s’y développer ou s’y installer ? 

Comme vous le savez, le Cameroun est un pays qui se distingue par sa diversité linguistique et culturelle. Dès lors, les entreprises marocaines souhaitant s’y installer sont amenées à s’imprégner des spécificités de la réalité locale. Elles doivent ainsi choisir le bon partenaire sur le terrain qui pourrait les aider à accomplir les démarches administratives nécessaires. Il conviendrait ensuite de prendre connaissance de l’environnement des affaires au Cameroun, notamment la réglementation sociale et fiscale du pays afin d’être renseigné sur ses obligations légales et sociales.

Un alignement sur les multiples plans stratégiques à moyen et long termes lancés par l’État camerounais serait également judicieux. Il s’agit, notamment, de la Vision 2035, du Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) pour la période 2010-2020 ou du Plan d’urgence triennal 2015-2017 pour l’accélération de la croissance économique.

Au niveau du financement, les établissements bancaires nationaux présents sur place peuvent être d’une précieuse aide, en termes d’accompagnement, pour les entreprises marocaines souhaitant mener des projets d’implantation ou de développement dans le pays.

Enfin, et en application du plaidoyer de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour l’instauration d’une « coopération Sud-Sud forte et solidaire entre les pays africains », les opérateurs marocains doivent aussi prouver leur engagement envers le pays et sa communauté locale à travers des partenariats win-win.