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Bien etre travail

Bien-être au travail : phénomène de mode ou besoin stratégique ?

Date de publication : 9 janvier 2018 Rubrique : Zoom

Accroître l’harmonie, la cohésion, l’agilité des équipes, attirer et fidéliser les talents… Pour relever ces défis, de plus en plus d’entreprises misent aujourd’hui sur les dispositifs favorisant le bien-être au travail. Qu’entend-on par bien-être au travail ? Permet-il réellement d’améliorer la performance de l’entreprise et d’impacter l’efficacité des salariés ? Détails.

Fini le temps où le travail ne représentait qu’un simple moyen de subvenir à ses besoins. Aujourd’hui, les salariés perçoivent le travail d’une manière différente. Au-delà du salaire, ils cherchent avant tout une qualité de vie, une motivation, une reconnaissance et surtout à se sentir bien au travail. Nombreux sont ceux qui, par exemple, privilégient une ambiance sereine dans leur lieu de travail, où le partage et l’échange entre équipes est de mise, plutôt qu’un haut salaire. Conscientes des nouvelles aspirations de leurs collaborateurs, toutes les entreprises, et ce, quelle que soit leur taille, font désormais du bien-être au travail leur fer de lance et engagent des actions dans ce sens.

Au Maroc, il existe actuellement plusieurs labels qui récompensent les entreprises qui mettent en place des politiques de bien-être, de diversité et, plus globalement, de la gestion du capital humain. « On peut citer à titre d’exemple le “Prix RH de l’AGEF”, le prix “Best place to work”, le prix des “Politiques de Parentalité” de l’association Bébés du Maroc et le prix SNI du “Leadership féminin”. Il existe un lien de cause à effet direct entre le bien-être au travail et la performance de l’entreprise. Plus une entreprise améliore les conditions de travail et le cadre de vie et réduit le stress négatif, plus elle améliore ses performances individuelles et collectives ainsi que ses résultats business » précise Zakaria Rbii, Président de l’AGEF (Association Nationale des Gestionnaires et Formateurs des Ressources Humaines).

Qu’est-ce que le bien-être au travail ?

Mais qu’entend-on par bien-être au travail ? Selon l’OMS, le bien-être sur les lieux de travail consiste en « un état d’esprit dynamique, caractérisé par une harmonie satisfaisante entre les aptitudes, les besoins et les aspirations du travailleur, d’une part, et les contraintes et les possibilités du milieu de travail, d’autre part ». Se sentir bien au travail passe ainsi par plusieurs facteurs : la santé et la sécurité, l’intérêt du travail, la rémunération, la lutte contre le stress, l’ergonomie et l’environnement de travail, les relations entre collègues et avec la hiérarchie… Pour Mehdi El Yousfi, DG du cabinet Diorh, le bien-être au travail renvoie à la fois à des dimensions psychologique et matérielle. Cela correspond donc à un sentiment d’épanouissement professionnel, d’identification au projet d’entreprise et de cohésion collective, à un sentiment d’équilibre entre aspirations professionnelles et besoins personnels, mais aussi à un sentiment d’équité procédurale.

« C’est un levier direct d’efficacité quand il est pensé comme l’interaction entre des impératifs collectifs et des aspirations individuelles. Il passe par le recentrage de la réflexion stratégique à partir de l’identité, du modèle de valeurs et de la culture RH de l’organisation. Cette démarche n’abandonne pas les approches stratégiques classiques de type “customer centricity”, mais les déporte selon une nouvelle approche HR centricity (fait de placer les RH au cœur de la stratégie d’entreprise). En somme, pour rendre mon client heureux, satisfait donc fidèle, la priorité est de rendre mon collaborateur heureux. Il place la cohérence entre ses aspirations et les besoins de l’entreprise au cœur du processus de création de valeur. Les aspirations ne sont pas que matérielles (rémunération, cadre de travail…). La clé est dans la capacité à la fois à construire un cadre inspirant (formation, opportunités d’évolution, culture de l’excellence) et un système RH agile, c’est-à-dire à la fois différentiant et équitable », poursuit Mehdi El Yousfi. Aujourd’hui, le grand défi pour les DRH, est de proposer des initiatives les plus osées possibles en matière de bien-être (cadre de vie, de travail flexible, de politique de parentalité et de diversité, etc.), d’en convaincre les dirigeants des entreprises de leurs pertinences et de veiller à en faire un véritable levier de la performance de l’entreprise.

Le bien-être au travail, trop souvent géré de manière superficielle

Si, aujourd’hui, le concept de bonheur et bien-être au travail est devenu une priorité pour les entreprises au Maroc, peu le considèrent comme un besoin stratégique. « Pour de nombreuses entreprises, bien-être au travail c’est une semaine santé, un massage sur siège, une session de yoga du rire ou de respiration relaxante. Tous ces outils sont excellents : mais sont-ils suffisants pour agir sur le bien-être des collaborateurs ? Donc oui, le bien-être au travail est un besoin stratégique, mais géré assez superficiellement, comme un phénomène de mode », constate Nawal Jai, Directrice Conseil au sein du cabinet de conseil Eclorh.

Le bien-être au travail doit être traité en segmentant les populations, en analysant les postes et dynamiques de travail pour identifier les causes potentielles de mal être et les éliminer à la source. « Par exemple, les maladies professionnelles dues à un problème d’ergonomie et de pénibilité nécessitent des solutions appropriées. Une pression trop forte sur les objectifs, le stress néfaste, le sentiment de ne pas être écouté, valorisé et reconnu, un climat social tendu, de trop rares occasions de rencontre en dehors de la machine à café, une mauvaise circulation de l’information qui ne permet pas de donner du sens à son action ou encore un équilibre vie privée vie professionnelle bringuebalant… Ce sont autant de véritables sujets de bien-être au travail que les entreprises gagneraient à étudier pour offrir des solutions appropriées » , affirme Nawal Jai.

Dounia Z. MSEFFER