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Lahcen Daoudi

Lahcen Daoudi, invité du Forum Adhérents de la CFCIM

Date de publication : 21 novembre 2017 Rubrique : Actus CFCIM

« Il faut transformer la société en profondeur et changer les mentalités »

Le 14 novembre 2017, au siège de la CFCIM à Casablanca, Lahcen Daoudi, Ministre Délégué auprès du Chef du Gouvernement, Chargé des Affaires Générales et de la Gouvernance, a animé un Forum Adhérents sur le thème « Défis et perspectives du Maroc ».

Tout le monde s’accorde à dire que le Maroc a parcouru du chemin depuis quelques années. Mais cela est-il suffisant au regard de la concurrence qui fait rage dans un environnement international globalisé ? Quelles réformes le Royaume doit-il encore mettre en œuvre pour rattraper son retard ? Ce sont là, entre autres, des questions qui interpellent quant à l’avenir du Maroc.

« Le Maroc, comme pays d’Afrique du Nord, ne s’en sort pas mal si on le compare à beaucoup de pays de même niveau ou disposant de moyens supérieurs », estime Lahcen Daoudi. Un constat qu’il nuance toutefois : « Quelle que soit la vitesse à laquelle nous avançons, il faut prendre en considération que les autres pays avancent également. »

Pour le Ministre, le Maroc doit encore améliorer sa compétitivité et cela implique, nécessairement, une transformation générale : « Nous nous intégrons dans la mondialisation sans y intégrer la société. Or, c’est toute la société qui doit se mouvoir et aller dans le sens de la mondialisation ». Et d’ajouter : « La compétition internationale ne concerne pas uniquement l’entreprise. Peut-on avoir une entreprise compétitive dans un environnement qui ne l’est pas ? L’université, le gouvernement, l’administration, etc. tout cela doit se mouvoir dans la même tendance et c’est là le problème. Certains secteurs avancent vite, tandis que d’autres bloquent. Il faut donc une locomotive très puissante pour tirer tous ces wagons. »

L’entreprise constitue, en effet, une locomotive, mais pour Lahcen Daoudi, le Maroc accuse un certain retard pour ce qui concerne l’environnement des affaires, comparativement à d’autres pays : « Nous avons pris beaucoup de retard. Malheureusement la société, n’a pas intégré le temps comme une variable économique. Il faut transformer la société en profondeur et changer les mentalités. »

Le Maroc, un enjeu à l’échelle mondiale

Quand on se projette sur plusieurs décennies, le Maroc dispose de réels atouts à faire valoir dès aujourd’hui sur l’échiquier international. « Beaucoup de Marocains ignorent que, dans moins de 20 ans, le Maroc pourrait être l’un des pays les plus riches au monde », annonce le Ministre. « Le Maroc détient l’une des plus grandes réserves de phosphates au Monde et, dans ces phosphates, se trouvent des terres rares, dont les Chinois ont aujourd’hui le monopole. Dans moins de 20 ans, au rythme actuel d’exploitation, il n’y aura plus de phosphates aux États-Unis, sachant que le Maroc, les États-Unis et la Chine détiennent plus de 90 % des réserves de phosphates. Le Maroc sera ainsi en position de monopole mondial pour fournir l’agriculture en engrais. En serons-nous capables ? » , analyse Lahcen Daoudi.

Pour relever ce défi, le Royaume doit, selon le Ministre, intégrer l’espace européen, car il ne dispose pas des moyens suffisants pour agir seul. « Le Maroc est donc un enjeu stratégique à l’échelle internationale et beaucoup l’ont compris. », poursuit-il.

Des défis structurels à relever

La formation des compétences représente l’un des challenges à relever pour attirer les partenaires qui souhaitent investir au Maroc. « Nous devons préparer nos jeunes pour les besoins d’aujourd’hui et de demain, mais nous ne faisons pas », déplore Lahcen Daoudi. « Au rythme où l’on forme les compétences, on ne peut pas répondre aux besoins de l’entreprise. Cela est un gros problème qui se pose à nous et l’on ne connait pas globalement le besoin. », ajoute-t-il.

Autres freins aux investissements, l’administration et le prix du foncier. Lahcen Daoudi soulève, en outre, le fait que certains secteurs subventionnés captent une part importante des investissements, au détriment des autres : « Si on subventionne le bâtiment et que les marges y sont importantes, on ne peut pas demander aux investisseurs de se tourner vers d’autres secteurs où les marges sont moindres. Les investissements peuvent être ainsi déviés vers des créneaux qui, peut-être, ne méritent pas qu’on les subventionne. », explique-t-il.

Pour faire face à ces différentes problématiques, le Maroc doit aujourd’hui prendre de la hauteur : « nous menons des réformes, nous dépensons beaucoup d’argent, mais il est difficile d’en connaitre l’impact, car il n’existe pas de convergence entre les politiques publiques. Nous avons beaucoup investi, notamment dans les infrastructures, mais nous n’avons pas maximisé la rentabilité de ces services. »

Vers une gouvernance plus efficiente

Afin de pallier les lacunes en matière de gouvernance, le Ministre annonce la mise en place de différentes mesures : « Au sein du Ministère que j’ai l’honneur de diriger, nous sommes en train de mettre en place les indicateurs de mesure de la convergence avec un tableau de bord de suivi des actions des politiques publiques. Au niveau du Chef du Gouvernement, également, nous mettons en place un tableau de bord pour la convergence entre les Ministères ».

Pour une plus grande efficacité de son administration, le Maroc doit, en outre, accélérer les processus de déconcentration et de décentralisation. « Nous nous trouvons encore dans le stade du jacobinisme pur. Tout est centralisé à Rabat, il n’y pas de développement local, pas de fiscalité locale. La fiscalité locale marocaine est dépassée de plusieurs décennies et on tarde à engager une réforme », souligne Lahcen Daoudi qui insiste, en outre, sur le rôle de la fiscalité comme levier de développement local.

Forum AdhérentsAfin de maintenir les compétences au niveau local, il est nécessaire d’opérer une transformation de l’administration : « Nous devons rehausser le grade des responsables locaux et créer l’équivalent d’un directeur central au niveau régional (…) Tout cela demande des moyens, mais, si ces moyens ne sont pas débloqués, le coût sera plus élevé au final », prévient le Ministre qui annonce d’ailleurs plusieurs mesures en ce sens : « Nous sommes ainsi en train de travailler sur la déconcentration et la décentralisation pour nous diriger réellement vers le développement local à travers des accords et des conventions avec les Régions sur des programmes communs. »

Pour ce qui concerne les stratégies sectorielles, le Ministre préconise une vision plus intégrée : « Nous sommes également en train de réfléchir sur le degré de connexion de tous les secteurs ». Il s’agit, en outre, d’anticiper les questions qui deviendront encore plus problématiques à plus ou moins long terme telles que la pénurie en eau. En choisissant de développer son agriculture, le Maroc doit ainsi prévoir des solutions pour répondre aux besoins en eau comme l’installation de stations de dessalement d’eau de mer sur ses côtes ou la construction de barrages à l’intérieur des terres.

Autre dispositif prévu au sein du Ministère : la création d’une cellule chargée de recevoir les doléances des entreprises. Quant aux CRI, un bureau d’études travaille actuellement sur les réformes à mettre en place.

Lutter contre la pauvreté et l’exclusion

Parallèlement aux mesures visant à améliorer la gouvernance, à transformer l’administration et à offrir un cadre juridique et fiscal attrayant pour les investisseurs, le Maroc doit également poursuivre ses actions dans le domaine du développement humain. « L’entreprise a besoin de stabilité. Or, la stabilité passe aussi par la lutte contre la pauvreté et l’exclusion. (…) Quand vous sauvez un enfant, il sauvera sa famille. », précise Lahcen Daoudi. D’où l’importance de l’école et de la qualité de l’éducation et de l’enseignement.

Selon le Ministre, il est important de mettre en place des mécanismes d’aide mieux ciblés, à l’instar du modèle indien qui tire profit de toute la connectivité offerte par les nouvelles technologies. Ces dispositifs permettront notamment de prendre progressivement le relai de la caisse de compensation, amenée à disparaître tôt ou tard. « Il existe 140 filets sociaux, chacun dans une bulle : imaginez le coût ! », souligne le Ministre qui insiste, là encore, sur la nécessité de mieux gérer les moyens alloués aux populations les plus fragilisées.