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Secteur des assurances : un moral au beau fixe

Date de publication : 8 novembre 2017 Rubrique : Zoom

Après une année 2016 marquée par une très forte croissance, le secteur des assurances continue sa progression et dévoile un important potentiel. Le taux de pénétration du marché est encore relativement faible et offre de nombreuses perspectives aux compagnies nationales et internationales. De plus, l’ouverture vers l’Afrique constitue un nouvel atout pour les acteurs installés au Maroc.

Le secteur de l’assurance au Maroc se porte bien et ne semble pas affecté par le ralentissement économique : les chiffres progressent chaque année, le marché attire des géants mondiaux, les acteurs locaux s’internationalisent et l’optimisme paraît être partagé par tous les observateurs.

Une année 2016 exceptionnelle

Avec 34,9 milliards de dirhams de primes émises en 2016, toutes catégories confondues, le Maroc a progressé de 15,4 % par rapport à l’année précédente. Ainsi, le pays se situe à la 49e place au niveau mondial, à la 3e dans le monde arabe (derrière les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite), et à la 2e en Afrique, après l’Afrique du Sud.

Selon les résultats publiés en octobre dernier par l’ACAPS (Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale), le taux de croissance annuel moyen depuis 2012 s’établit à 7,8 %. Et l’année 2017 devrait confirmer cette tendance avec de nouveaux chiffres encourageants. En effet, au premier semestre, le montant des primes s’élevait déjà à 20,7 milliards de dirhams, soit une hausse de 3,7 %. La progression est moins fulgurante qu’en 2016, qui avait vu la Mutuelle Attamine Chaabi augmenter son chiffre d’affaires de plus de 2,5 milliards de dirhams grâce à l’externalisation d’une caisse interne du groupe Banque Populaire. Cette opération exceptionnelle avait accéléré la croissance du marché, qui retrouve à présent une évolution normale.

À travers cette embellie, nous observons également une modification de l’activité. En effet, les assurances vie et capitalisation occupent une place prépondérante : elles représentent plus de 40 % du total des émissions, suivies par l’assurance automobile qui, désormais, n’est plus le premier contributeur au chiffre d’affaires du secteur. Toutefois, la branche non vie devrait à nouveau progresser avec la généralisation de la RC (Responsabilité Civile) décennale et l’assurance tout risque chantier, dont les décrets d’application seront bientôt prêts.

Un marché très dynamique…

L’une des clés de la réussite du secteur réside dans la bonne organisation du marché. Les acteurs sont solides et se livrent une concurrence saine, mêlant opérateurs nationaux et géants internationaux. Ainsi, 61,3 % du chiffre d’affaires est détenu par les quatre premiers assureurs et 91,2 % par les dix premiers. Wafa Assurance, filiale d’Attijariwafa Bank, occupe la première place avec 20,8 % de parts de marché, suivie par la RMA (Royale Marocaine d’Assurances) (16,7 %), Saham Assurance (12,5 %) et Axa Assurance Maroc (11,2 %).

Si le marché des entreprises d’assurances et de réassurance est plutôt solide et bien structuré, regroupant au total 21 compagnies, le constat est différent pour le marché des intermédiaires. En effet, en comptant les 463 bureaux directs ainsi que les 1 873 agents et courtiers, l’intermédiation représente un marché très éclaté abritant de nombreux acteurs fragiles. Cette situation évoluera probablement sous la pression de la transformation digitale qui imposera, à terme, de nouveaux investissements.

… qui n’a pas encore révélé tout son potentiel

Les perspectives du secteur sont donc encourageantes et son potentiel reste très important. Le taux de pénétration, qui correspond au rapport entre les primes émises et le PIB, s’élève aujourd’hui à 3,5 %. Bien que cette performance place le Maroc en tête du monde arabe et au 4e rang africain, elle demeure très éloignée des taux observés dans les grands pays industrialisés qui avoisinent généralement les 10 %. Sensibilisation, pédagogie, évolution législative et lancement de nouveaux produits adaptés aux petits budgets seront ainsi au cœur de la stratégie des compagnies lors des prochaines années.

D’après le rapport annuel du cabinet suisse Schanz, Alms & Company, « Africa Pulse 2016 », l’ouverture du secteur est d’ailleurs suivie de près au niveau international. Saluant « un pays stable, fiable, bien gouverné et doté d’une économie qui avance », le document souligne notamment « le rôle positif que jouera Casablanca Finance City en tant que hub et plateforme financière vers l’Afrique, notamment l’Afrique de l’Ouest ».

Allianz, un nouveau géant au Maroc

Les grandes compagnies internationales ne s’y sont pas trompées et l’arrivée de Allianz confirme cette tendance. En rachetant Zurich Assurances Maroc au mois de juin 2016, le géant allemand a démontré tout son intérêt pour le marché marocain. Ainsi, depuis février 2017, la marque développe son offre et affiche ses ambitions (lire l’entretien avec Dirk De Nil, administrateur et directeur général Allianz Maroc). La compagnie, qui a hérité des parts de marché de Zurich Assurances, entend doubler son chiffre d’affaires d’ici 2021. Fort de sa notoriété et de son savoir-faire, le groupe devrait donc accentuer la concurrence au sein du secteur et inciter les autres acteurs à innover et maintenir leur niveau de performance.

Ambitions africaines

Enfin, sous l’impulsion de la politique menée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI en Afrique, c’est vers l’ensemble du continent que se tournent de plus en plus de compagnies. Dans le sillage des banques et des grandes entreprises nationales, il est, en effet, cohérent de voir le secteur des assurances accompagner cette dynamique de grande envergure. Actuellement, les compagnies marocaines sont présentes dans 25 pays africains. La FMSAR (Fédération Marocaine des Sociétés d’Assurances et de Réassurance) œuvre beaucoup en ce sens et joue un rôle important auprès de l’Organisation Africaine des Assurances (OAA) en signant de nombreuses conventions à travers le continent (lire entretien avec Bachir Baddou, directeur général de la FMSAR).

Ainsi, la majorité des acteurs marocains développe une politique africaine ambitieuse en accompagnant des réseaux bancaires, en créant de nouvelles filiales ou en rachetant des compagnies locales dans les pays les plus prisés. Cette stratégie leur permet d’élargir leur horizon tout en restant attentifs au marché national et ses opportunités prochaines.

Thomas Brun