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Stephane Colliac

Quelles perspectives pour l’économie marocaine ?

Date de publication : 28 novembre 2017 Rubrique : Echos Maroc

Entretien avec Stéphane Colliac, Économiste Senior pour la France d’Euler Hermes

Comment se porte aujourd’hui l’économie mondiale ? De quelle manière évoluent les grands pôles d’influence internationaux ?

La croissance mondiale s’est accélérée, et c’est notamment lié à un rebond du commerce international (+7 % en 2017 selon nos chiffres, mesurés en valeurs). La croissance est présente en même temps dans tous les grands pays (États-Unis, Chine, Zone Euro, Japon) et la récession a pris fin au Brésil ou en Russie. Tout ceci conduit Euler Hermes à relever sa prévision mondiale à + 3 % pour 2017, comme pour 2018, la croissance la plus rapide depuis 2011. Dans ce panorama, c’est la zone euro qui a le plus surpris à la hausse, tant et si bien que la croissance de la zone (+2,1 % en 2017) devrait être supérieure à celle des États-Unis (+2 % en 2017) pour la 2e année consécutive.

Comment se présente la situation économique au Maroc ?

L’année 2017 s’est incontestablement mieux déroulée, après une piètre performance en 2016 (+1,1 %). Et le 3e trimestre n’a pas démenti cette amélioration. Le Haut-Commissariat du Plan a annoncé que cette croissance avait été de 3,8 % par rapport au 3e trimestre de 2016. Rien de surprenant, donc, puisque la production agricole a bénéficié de récoltes à peu près normales, alors qu’un stress hydrique l’avait affecté en 2016. Mais ça ne s’arrête pas là, car la croissance hors activités agricoles a accéléré à + 2,6 % au 3e trimestre 2017, alors qu’elle avait péniblement atteint +2 % en 2016.

Les délais de paiement se sont encore aggravés : selon vous, quelles sont les conséquences pour les entreprises et l’économie marocaine en général ?

Au sujet des délais de paiement, il faut bien distinguer les délais de paiement accordés aux clients par les entreprises et ceux qui leur sont octroyés par leurs fournisseurs. Plus longs sont les premiers, plus la trésorerie à conserver est élevée, plus longs sont les seconds, plus elle est faible. Les calculs d’Euler Hermes montrent que les délais de paiement clients sont restés stables en 2016 (83 jours), tandis que les délais fournisseurs ont augmenté de 2 jours (à 71 jours). Cela veut dire que les entreprises marocaines ont pu faire une économie de 2 jours de trésorerie en 2016, soit 5 Mds MAD, l’équivalent de 0,4 point de PIB.

Comment le Maroc peut-il améliorer son climat des affaires ?

L’économie marocaine s’est progressivement libéralisée au fil des années, mais cet effort n’est pas arrivé à son terme. Toutefois, les progrès majeurs réalisés dans les règles afférentes à la création d’entreprises ont révélé des failles dans le système. Si le nombre d’entreprises s’est singulièrement accru, le nombre de défaillances d’entreprises également (le cumul sur 12 mois augmente de +27 % en septembre 2017 par rapport à la même période de 2016). Normal, dans une économie de marché on ne peut pas exclure qu’un projet entrepreneurial ne soit pas couronné de succès. Mais dans une économie de marché, la résolution d’une défaillance ne peut pas nécessiter 3,5 années, comme c’est le cas au Maroc, c’est trop long, surtout pour ne récupérer in fine que le quart de la créance (trois quarts en moyenne dans l’OCDE).

Quel est votre regard sur la stratégie africaine du Maroc ?

Euler Hermes regarde l’Afrique exactement comme le Maroc la regarde, avec les yeux de Chimène. A l’avenir, c’est l’Afrique qui sera le continent de l’urbanisation, avec le modèle de consommation qui l’accompagne (développement des transports notamment). Les deux axes majeurs qui pourraient faire passer un cap supplémentaire à ce développement de l’Afrique seraient une intégration commerciale régionale plus conséquente (les flux de commerce intra régionaux restent symboliques, en dehors de l’Afrique de l’Est) et un financement mieux adapté aux dépenses de long terme qu’il s’agit de financer désormais. Le Maroc a eu une carte à jouer sur ses deux aspects et l’adhésion à la CEDEAO (Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest) est un projet jalon posé pour intensifier l’intégration avec ces pays.

On entend de plus en plus parler de relance économique en France : cela se confirme-t-il ? Quel en serait l’impact sur les échanges avec le Maroc ?

La France a vu sa croissance singulièrement s’accélérer en 2017, où elle devrait atteindre +1,7 % selon nos calculs, alors qu’elle avait péniblement dépassé les +1 % en 2016. Et 2018 devrait confirmer ce redressement, avec une croissance à peu près équivalente. La France est le deuxième marché d’exportations du Maroc et représente 16 % de ses exportations totales. Déjà en 2017, nous pensons que les exportations marocaines auront progressé de près de 2 Mds MAD (en hausse de +7,5 %). On peut s’attendre à des gains conséquents à nouveau en 2018, puisque nous prévoyons que les importations françaises de biens et services devraient croître de +6,5 % en valeur en 2018.