Le site d'information de la CFCIM
Automobile

Interview de Hakim Abdelmoumen, Président de l’AMICA

Date de publication : 10 octobre 2017 Rubrique : Zoom

« Le Maroc commence à fabriquer des moteurs »

Hakim Abdelmoumen

Interview de Hakim Abdelmoumen, Président de l’AMICA (Association Marocaine pour l’Industrie et le Commerce de l’Automobile)

Conjoncture : Quel est le rôle de l’AMICA dans la politique industrielle automobile marocaine?
Hakim Abdelmoumen : L’AMICA regroupe plus de 60 membres, que nous appelons partenaires : les constructeurs automobiles (implantés au Maroc ou qui se fournissent à partir du Maroc) et les équipementiers (multinationales et PME). Nous sommes pleinement inscrits dans le partenariat public-privé mis en place en 2014, date de lancement du Plan d’Accélération Industrielle. Je rappelle que nous avons contribué à l’élaboration du PAI et des ambitions du secteur à l’horizon 2020. L’engagement de l’AMICA est clair. Il s’agit, pour nous, de booster l’investissement dans le secteur, de créer de la valeur localement et à l’export et, bien sûr, de faire en sorte de créer le maximum d’emplois industriels et d’atteindre l’objectif de 100 000 emplois en 2020. Sans oublier la formation professionnelle, domaine dans lequel l’AMICA est très engagée aux côtés de l’État.
Le Plan d’Accélération Industrielle, dans sa version renouvelée, se matérialise par une démarche commune où tous les acteurs, publics et privés, avancent ensemble. Quand nous avons des besoins précis, métiers par métiers, l’Etat est présent. Que ce soit pour du foncier ou d’écosystèmes. C’est l’état d’esprit qui prévaut et ce qui explique, en partie, la réussite du secteur automobile.
Dans les tours de table, on constate que l’investisseur national est très peu présent. Comment expliquez-vous cela ?

Au sein de l’AMICA, nous avons pris une décision ferme sur ce sujet. A partir du moment où un groupe, une entreprise, dont l’entité juridique est marocaine et implantée au Maroc, le sujet est clos. Pas question pour nous de faire de la discrimination ! Nous préférons concentrer nos efforts et notre énergie à encourager l’investissement dans le secteur automobile plutôt que de perdre notre temps sur des sujets sans intérêts.
D’ailleurs, j’attire l’attention sur des choses qui se passent aujourd’hui. On voit, par exemple, des groupes marocains qui sont dans la literie, investir dans l’automobile. L’idée, et la responsabilité de l’AMICA, c’est de créer des partenariats avec des acteurs marocains qui viennent d’autres filières industrielles.
Selon certains observateurs du secteur, le taux d’intégration industrielle serait trop faible et atteindrait à peine 40 %.
Sur le sujet, je tiens à clarifier les choses. La nouvelle démarche impulsée depuis 2014, à laquelle j’ai déjà fait référence, consiste avant tout à se montrer lucide. Quand un grand constructeur automobile s’implante au Maroc, ou qu’il s’apprête à le faire, il doit pouvoir compter, localement, sur un maximum de maillons de la filière. Autrement, il s’installe ailleurs. Je rappelle que le secteur automobile est hyper concurrentiel et mondialisé.
Si nous avons tout fait, et que nous continuons à tout faire, pour attirer les constructeurs internationaux, nous avançons sur le terrain de la production locale. Je prendrai comme exemple les amortisseurs. Avant, nous les importions, aujourd’hui, nous les fabriquons. Les moteurs, on commence également à les fabriquer au Maroc, comme, du reste, les tableaux de bord qui vont bientôt être lancés.
Avec tout ce qui se fait aujourd’hui et tous ce qui se fabriquera demain au Maroc, sans oublier l’arrivée de PSA à Kénitra, je peux vous dire que nous allons atteindre 65 % de taux d’intégration industrielle. Et peut-être un peu plus. Quand je vois qu’aujourd’hui un opérateur marocain fournit des lignes d’échappement pour Renault Tanger, je me dis que nous sommes sur la bonne voie.
Au point d’atteindre un jour 100 % d’intégration locale ?

Peu de pays dans le monde fabriquent tout chez eux et de plus en plus de pays se spécialisent. Notre but, c’est d’être ambitieux et d’aller le plus loin possible dans la fabrication locale.
En matière de positionnement produit, n’est-il pas risqué de tout miser sur du low cost ?

On parle de «bestcost», non pas de «lowcost», ce terme a été supprimé par les constructeurs. Quand vous parlez de risque, je dirais oui si l’on était venu dans l’autre sens. Je m’explique. Un véhicule est aujourd’hui exporté partout dans le monde y compris en Europe. Notre chance, c’est d’être à la porte des continents européen et africain. Le fait d’avoir au Maroc, par exemple, des constructeurs européens qui investissent, produisent et développent aux normes internationales y compris de sécurité, c’est ce qui compte.
Toutefois , nous devons être sur nos gardes et continuer à travailler. Le plus important, c’est de produire au meilleur coût possible, le reste, est secondaire.
La voiture du futur serait entièrement autonome, intelligente et pilotée sans… chauffeur.
Sera-t-elle généralisée ou pas ? Les constructeurs sont partagés sur le sujet. C’est difficile de répondre. Maintenant, nous devons être en alerte, car la technologie avance à grands pas et les grands acteurs du net se mobilisent aussi sur le créneau. Soyons vigilant et, une fois de plus, il faut continuer à aller de l’avant et être paré à tout changement et évolution, y compris technologique.

Propos recueillis par Rachid Hallaouy