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Moulay Hafid Elalamy, invité du Forum Adhérents de la CFCIM

Date de publication : 10 octobre 2017 Rubrique : Actus CFCIM

« Nous sommes totalement partie prenante du continent africain »

 

Moulay Hafid Elalamy, Ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie Numérique était l’invité du Forum Adhérents le 28 septembre 2017 à Casablanca. La conférence, qui portait sur le thème « Maroc : plateforme africaine de l’investissement », a été retransmise en simultané au sein de la Délégation Régionale de Laâyoune de la CFCIM et les participants ont pu poser leurs questions au Ministre.

Afrique est un continent de tous les défis » déclare, d’emblée, Moulay Hafid Elalamy. Une entrée en matière qui résume les potentialités, mais aussi les challenges de ce continent considéré comme le nouvel eldorado des investisseurs internationaux qui, à quelques exceptions près, s’en désintéressaient il n’y a pas si longtemps. Le Ministre a ensuite dressé un état des lieux chiffré du continent africain. Sa population est particulièrement jeune : l’âge moyen de ses habitants est de 19 ans, contre 27 ans pour le pourtour méditerranéen. « 200 millions d’habitants qui vivent sur ce continent ont entre 15 et 24 ans. Ce chiffre sera probablement multiplié par 2 d’ici 2045 », prévoit le Ministre. En matière de croissance du PIB, l’Afrique affiche un taux supérieur à 5 %. Entre 2005 et 2015, 12 des 20 premiers pays en termes de taux de croissance étaient des pays africains. Ce dynamisme doit, toutefois, être nuancé par la pauvreté du continent, qui handicape son développement : « 27 % de la population, soit 330 millions de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins de 1,9 dollar par jour. », indique Moulay Hafid Elalamy. Il poursuit le constat : « sur les 200 millions de jeunes de 15 à 24 ans, 75 millions sont au chômage. 2 adultes sur 5 sont analphabètes. Les infrastructures sur le continent sont défaillantes. 2 600 milliards de dollars sont nécessaires pour remettre à niveau le continent. »

Des potentialités à la hauteur… des défis à relever

L’Afrique est désormais sur toutes les lèvres, un leitmotiv que dénonce Moulay Hafid Elalamy : « Je suis fatigué d’entendre des discours assez creux où l’on vend l’Afrique à tout-va. » Or, les décisions à venir seront cruciales pour le développement du continent. « Soyons vigilants, parce que l’on peut se monter la tête et rater des rendez-vous historiques. Certes, le continent recèle des potentialités extraordinaires, mais nous avons également un retard tout aussi extraordinaire. », alerte le Ministre.

Dans une économie globalisée, où les enjeux se redéfinissent en permanence, l’Afrique a encore toutes ses cartes à jouer. « La Chine, partie de rien, est devenue, en quelques années, l’usine du Monde. Il a cinq ans environ, elle a changé de stratégie décidant de devenir le 1er consommateur mondial. », explique Moulay Hafid Elalamy. Ce changement de stratégie s’est concrétisé par une hausse du salaire minimum qui est passé, en cinq ans, de 500 dollars à 700 actuellement. En comparaison, le salaire minimum au Maroc est d’environ 300 dollars.

« La Chine est donc en train de devenir moins compétitive, donnant une chance au continent africain, à condition qu’il sache la saisir », indique le Ministre. Ainsi, près de 85 millions d’emplois seraient déplacés en dehors de Chine. « Certes, cela va d’abord servir les pays du pourtour de la Chine, mais cela va concerner aussi le Maroc et quelques pays africains. Il ne faut pas se voiler la face, mais voir les problèmes en toute objectivité. », tempère-t-il. Pour lui, la question de l’emploi des jeunes figure au premier rang des dangers qui menacent l’Afrique et le monde en général. Ces jeunes au chômage constituent des « bombes à retardement », d’où l’importance de les former et de créer du business en vue de générer des emplois.

Le Maroc, un tableau qui prend forme

« Le Maroc s’est pris en main. Nous avons fait des choses, mais peut mieux faire », lance Moulay Hafid Elalamy qui est notamment revenu sur les grandes stratégies et visions mises en place par le Maroc au cours des dernières décennies. « Souvenez-vous de la politique des barrages, qui semblait incompréhensible à l’époque. (…) Le Maroc, petit à petit, comme un peintre, peint son tableau par petites touches, a mis en place une épine dorsale d’infrastructures. »

Depuis la mise en place de ces stratégies, le Maroc a eu « quelques résultats » selon le Ministre, citant divers chiffres à l’appui : 1 800 km d’autoroutes, 4e investisseur en Afrique, des Investissements Directs Étrangers qui frisent 3 milliards de dollars, etc. Loin d’en attribuer tous les mérites au Plan d’Accélération Industrielle, Moulay Hafid Elalamy salue le travail effectué par ses prédécesseurs, travail qui a posé les fondations pour les réalisations actuelles et l’émergence d’écosystèmes autour des locomotives. Aujourd’hui, en termes d’infrastructure, le Maroc compte des ports (dont 5 en construction), 15 aéroports internationaux ainsi que quelques locomotives. Citons par exemple le port de Tanger Med qui a permis l’arrivée de Renault », souligne le Ministre.

50 % de taux d’intégration pour le secteur automobile

Le secteur de l’automobile fait, bien entendu, partie des réussites dont le Maroc peut se prévaloir. Le secteur est passé de 20 milliards de dirhams de chiffres d’affaires à l’export à 60 milliards de dirhams en 2016. Il est ainsi devenu le premier secteur exportateur au Maroc. Ce montant devrait atteindre les 100 milliards à l’horizon 2020, et ce, sans compter l’arrivée éventuelle de nouveaux constructeurs.

Au-delà du chiffre d’affaires, une grande part de la valeur ajoutée sera conservée sur le territoire national : «Noussommesàplusde50%de taux d’intégration », annonce Moulay Hafid Elalamy. Ce taux d’intégration se situait auparavant à 28 % dans le secteur. Des objectifs ont, d’ailleurs, été fixés de manière contractuelle avec les constructeurs : à terme, 65 % de taux d’intégration pour Renault et 85 % pour Peugeot Citroën Maroc. Par ailleurs, les deux constructeurs ont signé avec l’État des contrats de sourcing et se sont ainsi engagés à se fournir au Maroc, respectivement, à hauteur de 2 milliards d’euros et d’un milliard d’euros par an. « Maintenant, il nous faut travailler avec d’autres constructeurs. Nous ne pourrons pas aller beaucoup plus loin en termes de taux d’intégration, sachant que nous allons déjà dépasser plusieurs pays européens. », précise le Ministre qui annonce, sans détour, la prochaine étape : « Le Maroc doit arriver à un million de voitures fabri- quées par an. Dans l’automobile, nous sommes classés 27e dans le monde. En atteignant le million, l’objectif est de passer 7e mondial. C’est à ce niveau que la barre est fixée. »

Miser sur le co-développement

Sur le plan de la politique africaine, le Maroc a encore beaucoup à faire, selon Moulay Hafid Elalamy : « Il faut d’abord partager les expériences. Ne faisons pas les mêmes erreurs que l’Europe a faites avec l’Afrique. (…) Il est important de travailler sur la notion de co-dévelop- pement. Sa Majesté, que Dieu l’assiste, a donné des instructions particulièrement claires à ce sujet. Nous sommes totalement partie prenante du continent. Nous sommes totalement inté- grés dans notre continent. Avant, nous étions une terre de transit, aujourd’hui nous sommes devenus une terre d’ac- cueil. À nous de mettre en œuvre un certain nombre de stratégies pour le partage de valeur dans tous les pays. Il faut travailler main dans la main. » Et quand on l’interroge sur les risques à investir ou s’implanter en Afrique, Moulay Hafid Elalamy répond : « C’est un continent à risques, les frileux laisseront la place aux autres ».