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Industrie automobile

Automobile : en route vers le leadership du continent africain

Date de publication : 4 octobre 2017 Rubrique : Zoom

Le Maroc a produit 345 000 unités en 2016 et dispose actuellement d’une capacité de production de 420 000 véhicules par an. Grâce au Plan d’Accélération Industrielle (PAI) et à un écosystème automobile de plus en plus riche, le Royaume ambitionne de produire 1 million de véhicules, ce qui porterait le montant de ses exportations automobiles à 10 milliards d’euros à l’horizon 2020.

En quelques années, le Maroc est passé d’un statut de petit assembleur de véhicules et de concepteur de composants automobiles, à celui de second constructeur automobile du continent derrière l’Afrique du Sud. Ainsi, le Royaume a vu sa production automobile se développer de manière exponentielle depuis 5 ans : elle est passée de 108 743 unités en 2012 à 345 000 véhicules en 2016, des chiffres regroupant les sites de Renault Tanger et de la SOMACA à Casablanca. Pour rappel, la SOMACA (Société Marocaine de Construction Automobile), pionnière du montage des véhicules au Maroc, a été fondée en 1959, suivie par l’usine Renault implantée à Melloussa en 2012. La capacité de production des deux sites se situe actuellement à hauteur de 420 000 unités. Cette dynamique devrait connaître un nouveau souffle avec l’arrivée de l’usine du Groupe PSA à Kénitra, dont le démarrage est prévu pour 2019.

Mais comment expliquer un tel succès ? Il s’agit d’une conjonction de plusieurs facteurs. D’abord, citons les atouts indéniables du Maroc tels que la position géographique favorable, la stabilité politique et économique, le savoir-faire acquis, la qualité des infrastructures logistiques (Port Tanger Med, autoroutes, etc.), ou encore sa main-d’œuvre qualifiée et bon marché (coûts jusqu’à 50 % inférieurs à ceux du marché européen). À cela, il faut ajouter les avantages et incitations offerts aux investisseurs : exonération totale de l’Impôt sur les Sociétés (IS) durant 5 ans et exonération de TVA sur les importations de biens d’équipements. L’accès au foncier a également été facilité par la création de zones franches industrielles dédiées : Tanger Free Zone (500 hectares), Tanger Automotive City (300 hectares situés à proximité du site de Renault-Melloussa) et Atlantic Free Zone lancée à Kenitra pour accueillir les équipementiers du constructeur PSA.

Les facteurs de réussite cette politique s’expliquent aussi par la mise en place d’aides publiques sous diverses formes, notamment des subventions dépassant 30 % du montant de l’investissement, une prime à l’intégration locale, le développement du foncier locatif ou encore des aides à la formation pouvant atteindre jusqu’à 65 000 dirhams/personne.

En 2016, le secteur automobile a réalisé une production de 345 000 véhicules pour un chiffre d’affaires de 68 milliards de dirhams, soit environ 6,2 % du PIB.

Une politique industrielle volontariste

Ces atouts et incitations sont bien évidemment confortés par une politique industrielle portée par le Programme d’Appui à l’Accélération de l’Industrialisation au Maroc 2014-2020. Celle-ci vise à accroître la part de l’industrie dans le PIB national de 14 à 23 points entre 2014 et 2020, de créer 500 000 emplois et d’accentuer la diversification de l’économie marocaine à travers de nouvelles filières, dont l’automobile constitue l’épine dorsale.

Pour ce qui concerne l’automobile, cette politique industrielle est articulée autour de trois acteurs : l’État, les constructeurs et les fournisseurs. Ces deux derniers étant représentés par l’Association Marocaine des Industriels et Constructeurs Automobiles (AMICA). Ces acteurs travaillent en synergie dans une logique d’écosystème s’inscrivant dans le cadre du Plan d’Accélération Industrielle (PAI).

La plus grande usine d’automobiles d’Afrique

Grâce au succès des voitures Dacia, la marque low cost de Renault, le constructeur a dû augmenter la capacité de son site de Melloussa, où sont fabriqués ces modèles. En octobre 2016, une seconde ligne a été lancée, multipliant par deux la capacité de l’usine. Le site est ainsi devenu la plus grande usine automobile d’Afrique représentant à lui seul une capacité de production de 340 000 unités par an.

Cette nouvelle ligne a été dédiée à la production des Dacia Sandero et Dacia Sandero Stepway. Elle représente un investissement de 400 millions d’euros, ce qui porte à 1,1 milliard d’euros le montant global investi sur ce site industriel. À noter que l’usine de Renault-Nissan de Tanger est une société anonyme détenue à hauteur de 52,4 % par le Groupe Renault et à 47,6 % par le groupe Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG).

Après Renault, le Groupe PSA (anciennement baptisé PSA Peugeot-Citroën) a signé avec l’État, en juin 2015, un accord pour l’implantation d’une usine d’assemblage de voitures et de moteurs à Kenitra. Représentant un investissement de 557 millions d’euros (6 milliards de dirhams), le site sera opérationnel en 2019 et disposera d’une capacité de production de 200 000 véhicules et 200 000 moteurs par an. 4 500 emplois directs 20 000 emplois indirects seront créés.

Constructeurs et sous-traitants

Porté par l’implantation des constructeurs français Renault et PSA, l’écosystème industriel automobile marocain s’est fortement développé ces dernières années avec l’implantation de nombreuses entreprises. Certaines ont même précédé l’implantation de Renault. On compte actuellement quelque 170 équipementiers installés principalement autour de Renault Tanger, mais également à Casablanca et Kénitra. Parmi ces acteurs, figurent des filiales de multinationales françaises (Plastic Omnium, Valeo, Saint-Gobain, Faurecia, etc.), japonaises (Denso, Sumitomo, Yazaki, etc.), américaines (Lear, Visteon, Delphi,…), allemandes (Leoni), canadiennes (Linamar), italiennes (Magneti Marelli), coréennes ou encore espagnoles.

Outre les sous-traitants étrangers, des entreprises marocaines sont également actives dans le secteur. On peut citer Socafix et Tuyauto, Afrique Câble du Groupe Ynna (batteries montées sur les Logan) et le fabricant de literie Dolidol du Groupe Palmeraie, fournisseurs sélectionnés par Renault. De même, Maghreb Steel a vu certains de ses aciers plats certifiés par le constructeur. Par ailleurs, le verrier japonais Asahi s’est allié avec le marocain Induver pour monter une unité de vitrage à Kénitra avec, à la clé, un investissement de 190 millions d’euros.

À l’horizon 2020, le Royaume aura une capacité de production automobile de 650 000 véhicules

Un écosystème industriel développé

Pour donner une nouvelle impulsion au secteur, l’État, en partenariat avec l’AMICA, a lancé cinq écosystèmes automobiles dont l’objectif sera de générer 24 milliards de dirhams de chiffre d’affaires et de créer 90 000 emplois à l’horizon 2020. Il s’agit notamment de dynamiser les filières « Câblage automobile », « Intérieurs véhicules/sièges », « Batteries automobiles », « Métal emboutissage » et « Moteurs et transmission » qui viennent s’ajouter aux écosystèmes « Renault » et « PSA ».

Grâce à ces écosystèmes, le taux d’intégration devrait croître de manière sensible. Ainsi, Renault s’est engagé à hisser la part de son sourcing local (hors motorisation) à 65 % d’ici 2023 et à réaliser 3 milliards d’euros d’achats par an. Soit 3 fois plus qu’en 2015. Pour sa part, le Groupe PSA promet un taux d’intégration locale de 65 % au démarrage, puis de 80 % à terme. Partant de là, le taux d’intégration locale du secteur automobile devrait atteindre 65 % à l’horizon 2020, contre environ 40 % actuellement.

Secteur moteur en matière d’exportation

Doté de nouveaux écosystèmes, le secteur automobile a créé plus de 100 000 emplois à ce jour, devenant progressivement le fer de lance des exportations du Royaume. En 2016, le secteur a réalisé une production de 345 000 véhicules pour un chiffre d’affaires de 68 milliards de dirhams (environ 6 milliards d’euros), soit environ 6,2 % du PIB. Environ 10 milliards de dirhams de ce chiffre d’affaires ont été réalisés au niveau local.

En volume, 303 892 véhicules ont été exportés, soit plus de 88 % de la production. La France, la Turquie et l’Espagne sont les principaux importateurs de véhicules fabriqués par les usines marocaines de Renault.

En valeur aussi, les exportations connaissent une progression exponentielle et représentent plus de 85 % du chiffre d’affaires du secteur. Celles-ci sont passées de 31,66 milliards de dirhams en 2013 à 40,26 milliards de dirhams en 2014, 48,6 milliards de dirhams en 2015 pour atteindre 58 milliards de dirhams en 2016, soit plus de 26 % des exportations totales du royaume en 2016. Depuis 2014, le secteur est devenu le premier exportateur du Maroc devant les phosphates et dérivés.

Les objectifs pour 2020

À l’horizon 2020, le Royaume aura une capacité de production automobile de 650 000 véhicules. Toutefois, les ambitions du Maroc sont beaucoup plus importantes. « Nous sommes fiers de cette belle réussite, mais nous ne nous arrêterons pas là. Nous tablons, d’ici 2020, sur une capacité de production d’un million d’unités, contre 650 000 actuellement, la réalisation d’un taux d’intégration local des véhicules sortant du Maroc de 80 % et un chiffre d’affaires annuel de 10 milliards d’euros avec, à la clé, la création de 160 000 emplois », a indiqué Moulay Hafid Elalamy, Ministre de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce et de l’Économie Numérique lors de la cérémonie d’ouverture de la 4e édition du Salon de la Sous-Traitance Automobile. En vue d’atteindre ces objectifs, le Maroc pourrait accueillir d’autres constructeurs, équipementiers et fournisseurs dans les années à venir. Les constructeurs asiatiques (Toyota, Hyundai, etc.), américains (Ford), européens (Volkswagen) et d’autres équipementiers et fournisseurs s’intéressent à cette base industrielle installée à la périphérie de l’Europe. Ce qui pourrait permettre au Maroc de détrôner l’Afrique du Sud au rang de premier constructeur du continent.

 Rachid Hallahouy