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Karim Cheikh, invité de Conjoncture

Date de publication : 11 septembre 2017 Rubrique : Les Invités de Conjoncture

« La notion de codéveloppement est cruciale »

Karim CheikhKarim Cheikh, Président du GIMAS

Conjoncture : Au Maroc, le secteur aéronautique est souvent cité comme exemple de réussite industrielle : comment expliquer un tel développement ?

Karim Cheikh : 

Le développement du secteur aéronautique au Maroc est d’abord dû à une volonté, une ambition, une vision stratégique qui s’est matérialisée par la mise en place de chantiers structurants pour le secteur :

  • La mise en place d’un centre de formation public – privé innovant et unique, dédié et piloté par les industriels du secteur, fédérés au sein du GIMAS – l’IMA, Institut des Métiers Aéronautiques. Il s’agit de formations qualifiantes et non diplômantes, d’une durée de 6 à 9 mois, spécialisées sur les différentes filières où le besoin a été exprimé. L’IMA dispose d’une base et d’un suivi pédagogique de l’UIMM France, spécialiste de la formation aéronautique. Cette formation en alternance, en partenariat avec les industriels, assure un emploi aux stagiaires suite aux tests et entretiens avec les employeurs, avant le démarrage de la formation.
  • Les formations sont prises en charge par l’Etat dans le cadre du Dispositif d’Aide à la Formation en partenariat avec l’ANAPEC. L’IMA est également très actif dans la formation continue au bénéfice des salariés du secteur.
  • La mise en place de parc industriels intégrés Free-Zone, tels que Midparc dans la région de Nouasser, au côté de la Technopole de l’ONDA et Tanger Free zone, qui disposent d’infrastructures world-class assurent aussi le service de guichet unique, en sus des avantages fiscaux et des facilités d’installation.
  • La mise en place d’incentives dédiés aux investisseurs, ainsi qu’un certain nombre de mesures règlementaires adaptées aux spécificités de notre secteur.
  • Le partenariat privilégié avec l’Administration, la Direction Générale des Impôts, la Douane, l’Office des changes, qui sont à l’écoute des exigences de ce secteur intégré dans la supply chain globale, dont les enjeux de sécurité et de célérité sont critiques.

Le Plan d’Accélération Industrielle, lancé par Monsieur Moulay Hafid El Alamy, signé avec le GIMAS, permet d’accompagner le développement du secteur vers une nouvelle phase, dont les enjeux sont la montée en gamme de notre supply chain pour une plus forte valeur ajoutée.

Le Maroc, grâce à la présence d’organismes de promotion tel que Maroc Export et l’Amdi, qui sont en cours de fusion, a pu se positionner dans les évènements mondiaux spécifiques à l’aéronautique, où il est important de montrer nos réalisations dans ce secteur de pointe, où le pays n’était pas attendu.

« Nous sommes un pays best-cost, capable d’apporter les bases de support pour un développement à long terme pour les entreprises en quête de compétitivité. »

Comment se porte aujourd’hui l’industrie aéronautique dans le monde ? Quelles sont les perspectives du secteur au Maroc et quels challenges reste-t-il à relever ?

L’industrie aéronautique dans le monde a connu ces 5 dernières années, et connaît encore, un boom historique. Le carnet de commandes est plein pour la décennie à venir et le nombre d’avions à construire à l’horizon 2030 est à plus de 40 000, sans compter les renouvellements de flotte. La croissance mondiale est tirée principalement par les pays émergents. Le transport aérien connaît une croissance annuelle moyenne de 4 à 5 %. De plus, historiquement, le secteur aéronautique s’est toujours avéré plus résilient aux crises internationales.

Les perspectives du secteur au Maroc sont définies dans le Contrat-Programme Aéronautique signé avec le Ministère de l’Industrie, avec l’ambition de tripler le nombre d’emplois pour atteindre les 30 000, doubler le nombre d’investisseurs pour les porter à 200, intégrer une vingtaine de PME marocaines, et élever le taux d’intégration locale à 35 %. Ces objectifs sont pour les 5 prochaines années. Les challenges à relever sont principalement la formation, pour former davantage d’opérateurs, surtout sur le middle management qui est notre grand défi actuellement.

Avec l’OFPPT, plus précisément l’ISMALA, nous travaillons sur un partenariat pour la formation de Techniciens pour l’Ecosystème MRO (Maintenance et Réparation Moteurs et Avions).

Quel est votre regard sur la stratégie industrielle marocaine ? Le modèle du codéveloppement peut-il être appliqué à toutes les filières industrielles ? Est-il possible de mettre en place des synergies, par exemple avec la filière automobile ?

Mon regard sur la stratégie industrielle marocaine est positif, car elle émane d’un partenariat fort avec les industriels. La notion de co-développement est cruciale : elle signifie que des emplois ne sont pas supprimés dans un pays en faveur d’un développement dans un autre pays, pour des raisons de coût. Nous sommes un pays best-cost, capable d’apporter les bases de support pour un développement à long terme pour les entreprises en quête de compétitivité. Nos entreprises, grâce à leur implantation au Maroc, ont pu réaliser des créations d’emploi au niveau des groupes ou des maisons mères, grâce au gain de nouveaux marchés. Les synergies sont possibles sur certaines filières telles que la mécanique et la métallurgie, l’automobile, le ferroviaire et l’électronique.

Les éléments fabriqués au Maroc pour l’aéronau- tique sont de plus en plus techniques : peut-on rêver d’avoir un jour un avion 100 % marocain ? Selon vous, comment peut-on encourager le développement de la R&D au Maroc ?

Un avion 100 % national n’existe que dans de très rares pays. La valeur ajoutée existe dans la chaîne de fournisseurs sur différents rangs. Les avionneurs, qui assemblent, achètent pour plus de 70 % auprès de leurs fournisseurs partout dans le monde.

La R&D au Maroc ne peut se développer qu’en mettant un accent fort sur l’ingénierie, qui s’établira en support des secteurs industriels, et qui apportera plus de valeur ajoutée, plus de savoir technologique, plus de PME intégrées dans la supply chain, et c’est d’elles que proviennent les innovations et l’ancrage technologique d’un pays.

Sur quels chantiers travaille actuellement le GIMAS ?
Le GIMAS travaille sur les différentes mesures du Plan d’Accélération Industrielle, sur l’amélioration de la réglementation au niveau de la prochaine Loi de Finances, sur des chantiers spécifiques à la supply chain, ainsi que sur le programme de communication et promotion de nos métiers avec les organismes partenaires que sont Maroc Export et l’AMDI.