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Moncef Belkhayat

Interview de Moncef Belkhayat, Vice-Président de la Région Casablanca-Settat

Date de publication : 11 décembre 2015 Rubrique : Zoom

« Faire de la région un interlocuteur attentif »

Conjoncture.info : Qu’est-ce que l’on ressent quand on se retrouve Vice-Président de la première Région du pays ?
Moncef Belkhayat : La responsabilité est le sentiment premier qui me vient à l’esprit, puis le défi, le challenge et la fierté de servir mon pays et servir les habitants des villes et des campagnes de la région Casablanca-Settat. Permettez-moi de vous rappeler que je suis également élu au sein de la commune de Sidi Belyout, une commune qui abrite le quartier mythique de l’ancienne médina de Casablanca. La proximité avec les habitants de ce quartier m’a profondément marqué et m’a sensibilisé à l’importance et à l’urgence des chantiers que nous, élus, devons mener afin d’apporter des solutions viables et durables pour améliorer la vie de nos concitoyens. Cela dit, je suis serein quant à la capacité de l’équipe à la tête de la Région – placée sous la présidence de Mustapha Bakkoury, un dirigeant et un décideur doté d’un haut niveau d’éthique, d’intégrité et de compétences éprouvées et en collaboration étroite avec le Wali Khalid Safir – d’honorer nos engagements envers les habitants de la région.

Casablanca, Settat, Berrechid, Benslimane, Mohammedia, El Jadida,… Est-ce autant de villes que de défis ?
Et pour être exhaustif, il faut rajouter Sidi Bennour, Nouaceur et Médiouna, sans oublier une vingtaine d’autres petites villes. En fait, ces villes sont une opportunité, une chance et un levier important de développement de la région et du pays. Que ce soit de par leur richesse humaine, leur puissance économique ou leur complémentarité. Pour moi, le défi réside dans la capacité de toutes les parties prenantes – élus, administration locale et centrale, société civile et acteurs économiques – à construire une vision partagée, précise et portant sur le long terme, dans la perspective d’un développement durable de la région.

Quel regard portez-vous sur ce nouveau territoire en construction ?
Pour ma part, je suis profondément convaincu du rôle national et international que peut revendiquer la région, une fois dotée de la vision partagée du projet collectif et des ressources suffisantes. Ce territoire possède des ressources importantes qui peuvent faire la différence si elles sont bien employées et valorisées.
Il s’agit du territoire le plus important du Royaume en termes de population et de produit intérieur brut. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la région Casablanca-Settat s’étend sur 20 000 km2, sa population dépasse les 6,9 millions d’habitants (recensement 2014), son PIB par habitant est de plus de 45 000 dirhams, elle contribue à hauteur de 32 % du PIB national, dispose d’un littoral de plus de 200 km et compte aussi deux ports parmi les plus grands du Royaume, Casablanca et Jorf Lasfar, sans oublier les universités et les CHU. Toutefois, je suis conscient des handicaps de la région, hérités depuis des décennies et qui peuvent être résumés par les problèmes de gouvernance, la mauvaise distribution des richesses et la lenteur d’exécution des projets. Pour dépasser ces handicaps, c’est tout simplement une question de volonté politique commune, de gestion des priorités et de d’organisation.
Par ailleurs, ce territoire peut être une locomotive de développement pour le pays. Il peut en effet générer suffisamment de richesses pour participer à l’inclusion sociale et à la réduction des inégalités territoriales qui affectent le bien-être des Marocains et impactent la cohésion nationale au niveau économique, social et environnemental.

Qu’est-ce qui pourrait unifier ces différents espaces compte tenu de leurs particularités/spécificités ?
Il va sans dire que la ville de Casablanca se positionne naturellement comme principal moteur de la création de richesses du territoire. Toutefois, les particularités des autres espaces ne sont pas, selon moi, source de préoccupation. Bien au contraire, leurs spécificités sont complémentaires. En revanche, ce sont les disparités entre ces espaces qui sont préoccupantes et qui doivent être réduites.

Comment comptez-vous faire pour y remédier ?
Il faut d’abord renouveler les pratiques d’aménagement et de gouvernance territoriale en prenant en compte les spécificités des territoires ruraux riches en ressources naturelles et les aires urbaines, mieux dotées en ressources humaines et financières. Chaque type d’espace contribuera d’abord à ses propres besoins puis à ceux des autres.
Cela passe aussi par l’amélioration de l’infrastructure routière, la mise en service des dispositifs de transport urbain et interurbain performants, la transformation des petites villes et des villages en espaces de vie intelligents et productifs. Et là, je pense à la ville de Zenata qui se positionne au niveau du benchmark international, à travers des partenariats public-privé gagnant-gagnant.

Par ailleurs, je tiens à préciser que les habitants de la région sont des citoyens travailleurs et très mobiles. Prenons, par exemple, les habitants de Benslimane et Mohammedia qui travaillent à Casablanca. Idem pour un bon nombre de Casablancais qui travaillent à Médiouna, Bouskoura et Berrechid. Concernant le tourisme et les loisirs, la population de la région se déplace à Casablanca pour le shopping et passe les vacances ou le weekend à El Jadida, Oualidia ou Mohammedia. Ce que je veux dire, c’est que cette population s’identifie avec aisance à sa région. Il n’en reste pas moins que c’est à nous, élus, de mettre l’énergie et la volonté nécessaire pour améliorer leur qualité de vie.

Qu’en est-il des compétences de la Région Casablanca/Settat ?
La réforme de la régionalisation avancée s’est inscrite dans la continuité d’un mouvement progressif de décentralisation engagé depuis plus de 15 ans par les différents gouvernements. Sa Majesté le Roi a donné un coup d’accélérateur à cette réforme. Il en a tracé les contours et défini la feuille de route. Ainsi, les compétences constitutionnelles de la région découlent de sa mission première : contribuer au développement économique, social et culturel de la région. Cette dernière dispose de compétences propres qui s’articulent autour du développement économique, de la formation professionnelle, de l’emploi, du transport régional, de la conservation du patrimoine culturel et de l’élaboration du plan régional d’aménagement du territoire. Ces compétences seront d’ailleurs actualisées régulièrement en fonction de l’évolution des ressources propres et des capacités d’intervention de la Région et des Communes.

La Région partage par ailleurs des compétences avec l’État, tandis que d’autres lui seront transférées graduellement. Je peux citer la promotion de l’attractivité régionale des investissements, la création de pôles agricoles, l’électrification, la promotion de l’habitat social, la promotion des sports et du tourisme.

Et l’articulation des pouvoirs et des responsabilités entre la Région, la Commune de Casablanca et la Wilaya ?
La Constitution marocaine de 2011 a érigé la Région en qualité de personne morale distincte de l’État. Elle a donné un rôle central reconnu au Conseil Régional, organe délibérant, envers les autres conseils élus. Elle a également attribué la fonction de chef de l’administration locale au Président du Conseil Régional, l’organe exécutif de la région. Par ailleurs, l’exécution des actions régionales se fait sous le contrôle du Wali. En matière budgétaire, le Président du Conseil est ordonnateur du budget, responsabilité qui est assurée pour l’heure par le Wali, Khalid Safir. Ce n’est qu’à partir de 2016 que Mustapha Bakkoury prendra le relais en termes de budget.

« Je suis persuadé que le secteur privé et les acteurs économiques vont jouer un rôle constructif dans ce nouveau cadre institutionnel qu’est la régionalisation avancée. »

Un mot sur les chantiers prioritaires ?

Avec le Président Bakkoury, nous avons fixé comme priorité le démarrage des travaux sur un plan de développement, puis le lancement des études relatives à la réalisation du programme de développement régional et du schéma régional d’aménagement du territoire. La modernisation de l’administration régionale fait partie des étapes préalables à la mise en œuvre de notre stratégie ainsi que l’élaboration d’un plan de déplacement. D’autres aspects d’ordre organisationnel sont en cours de finalisation comme le regroupement des fonctionnaires de la Région.Selon vous, quelle sera l’identité territoriale de la région ?
Tout d’abord cette identité territoriale devra être une identité plurielle. Elle ne doit pas être dominée par la grande métropole casablancaise. Cependant, ce qui est sûr, c’est que le travail, la réussite, la liberté et la mixité sociale sont les dénominateurs communs des identités de tous les espaces de la région, de Benslimane à Sidi Bennour. La région Casablanca-Settat sera la région où l’on travaille dur, où l’on réussit, où l’on vit bien, où l’on s’amuse et où l’on se cultive.Et pour conclure ?
Je suis très confiant pour l’avenir de notre région et toutes les régions du Maroc. Étant moi-même entrepreneur et chef d’entreprise, je crois profondément à l’efficacité des partenariats public-privé et je suis persuadé que le secteur privé et les acteurs économiques vont jouer un rôle constructif dans ce nouveau cadre institutionnel qu’est la régionalisation avancée. En tant qu’acteurs responsables, ils sauront apporter leur contribution afin de participer au développement des territoires où ils opèrent et de créer de la valeur pour leurs activités. Je m’attacherai personnellement, avec le Président Bakkoury, à faire du Conseil Régional un interlocuteur attentif et, autant que nécessaire, un partenaire actif du développement régional et, enfin, un incontestable facilitateur.

Propos recueillis par Rachid Hallaouy