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Luxe

Le Maroc, pays producteur de luxe ?

Date de publication : 24 juillet 2017 Rubrique : Zoom

Aujourd’hui, de plus en plus de marques « made in Morocco » essayent de s’imposer sur le marché du luxe marocain. Qui sont ces pionniers et comment font-ils face à la concurrence des marques internationales ?

Les marques marocaines de luxe ont le vent en poupe ! Parmi les plus connues sur la place, on retrouve Azuelos, qui a réussi à se faire une place dans le segment de la joaillerie de luxe, ou encore la marque de chaussures Benson, implantée à Casablanca, Rabat et Marrakech, mais aussi en Allemagne, aux États-Unis, en France, en Belgique, en Côte d’Ivoire et au Congo-Brazzaville. Citons également IO, une marque de chaussure de luxe qui propose un concept à la pointe de l’innovation : la possibilité d’acheter une paire sur mesure grâce à la technologie 3D. Dans le domaine de l’hôtellerie, plusieurs palaces jouissent d’une renommée internationale, tels que le Royal Mansour et la Mamounia. Sans oublier l’industrie du caftan de luxe, qui reste très dynamique.

Dans le monde du design et de l’art, le Groupe Yahya est un bel exemple de réussite. Basé à Marrakech, le Groupe Yahya est composé de quatre entreprises distinctes qui couvrent tous les aspects du design, de la conception à la production et au point de vente. Les créations Yahya trouvent aussi bien leur place dans des palais royaux, des villas somptueuses ou des lofts des grandes métropoles à travers le monde. « Le luxe repose sur le fait main, la rareté, le temps de production, et la précision, et c’est ce que nous proposons à notre clientèle marocaine, mais également internationale. Nous sommes constamment à la recherche de la perfection et faisons sans cesse preuve d’innovation et de créativité. Ce sont ces éléments qui font que notre marque se situe dans le segment luxe. », précise M. Yahya, fondateur du Groupe.

Un marché avant tout local

Toutefois, malgré le succès de ces marques, le Maroc ne peut pas encore prétendre être un pays producteur de luxe et attirer la clientèle qui fait aujourd’hui le bonheur des professionnels du secteur à l’échelle mondiale, à savoir les clientèles chinoise, russe, indienne ou brésilienne. La production nationale du luxe doit faire face à de nombreuses contraintes, notamment la concurrence des enseignes internationales, le marché de l’informel, la contrefaçon et le manque de compétences et de qualité.

© Groupe Yahya

© Groupe Yahya

« L’immobilier haut standing, tel qu’il est conçu actuellement au Maroc, ne peut être défini, à mon sens, comme étant du luxe. Quand on parle d’immobilier de luxe, cela veut dire que l’on a la capacité de pouvoir s’offrir absolument tout ce que l’on souhaite avoir chez soi, que ce soit en termes de matériaux utilisés, de finitions, de mobilier… Or, les projets au Maroc qui reflètent le vrai haut standing reconnu à l’international, on ne peut en dénombrer qu’une petite minorité. Prenons l’exemple de la propriété hôtelière. Actuellement, il existe très peu de réalisations marocaines et peu d’opérateurs marocains sont capables de proposer des appartements de qualité avec un service hôtelier de qualité intégré. Pourtant la demande est très forte dans ce sens. De plus en plus de personnes privilégient la qualité de vue plutôt que la surface. Malheureusement, il y a un flou en termes de terminologie et une surenchère du très haut standing. Et, très souvent, les acheteurs sont déçus par la qualité moyenne du livrable », explique Laurent Zagury.

Même son de cloche chez Yahya : « Il existe au Maroc une culture de l’artisanat fait main, que ce soit dans les arts traditionnels, la joaillerie, la bijouterie…, mais nous sommes encore loin de produire un artisanat de luxe, car, justement, il nous manque la précision dans le travail, l’innovation et la créativité. Quand on parle d’artisanat, on a tendance à excuser certaines imperfections. Si cela est peut-être acceptable quand il s’agit d’une production en masse, cela ne l’est pas quand on fait référence à un produit de luxe ». Aussi, de l’avis de tous les acteurs opérant dans ce secteur, la solution pour booster la production nationale du luxe, qui pourrait devenir à terme un levier de croissance pour l’économie marocaine, serait la mise en place d’une stratégie. Cette dernière encouragerait les marques nationales à continuer d’investir pour une consommation locale et leur permettrait d’attirer une clientèle haut de gamme subsaharienne très friande du « made in Morocco ». À bon entendeur…

Dounia Z. Mseffer