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L’IPEMED présente ses deux derniers rapports

Date de publication : 19 mai 2017 Rubrique : Actus CFCIM

Le 25 avril 2017, à l’occasion d’un Forum Adhérent, l’IPEMED a restitué ses deux derniers rapports sur la coproduction au Maroc et sur les perspectives de coproduction avec la Méditerranée pour la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée. Animée par Jean-Louis Guigou, Président de l’IPEMED, Damien Alary, 2e Vice-Président en charge de l’Attractivité Régionale et des Relations internationales de la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée et Michel Gonnet, Consultant, Expert de l’IPEMED.

« France-Maroc : quel potentiel pour la coproduction et quelles incidences pour les territoires ? » tel était le thème de cette conférence-débat organisée en partenariat avec l’IPEMED (Institut de Prospective Économique du Monde Méditerranéen) et la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée.

Premier intervenant de la rencontre, Jean-Louis Guigou a commencé par dresser un panorama géoéconomique international, en définissant, au préalable, trois concepts-clés : la régionalisation, la coproduction et la Méditerranée pivot central. « L’ensemble de ces trois concepts va définir ce que l’on appelle “la grande verticale Europe, Méditerranée et Afrique”. Si ces trois ensembles s’associent dans une grande région, cela peut générer un grand souffle pour la jeunesse, une orientation pour les chefs d’entreprise. », relève Jean-Louis Guigou.

Quelle approche pour prendre le relai de la mondialisation ?

Jean-Louis Guigou

Jean-Louis Guigou

Si tous les pays concernés se mobilisent et coopèrent à ce grand projet, les équilibres internationaux seront, potentiellement, redéfinis. Cette vision se heurte, toutefois, à quelques difficultés, notamment les mouvements nationalistes, nourris par les répercussions néfastes de la mondialisation. « Le retour aux frontières nationales, c’est stupide. Laisser faire la mondialisation fratricide et ses délocalisations sauvages qui ont ruiné notre industrie dans les pays de l’OCDE, c’est également stupide », explique Jean-Louis Guigou qui propose d’adopter une position intermédiaire. Sans tomber dans les travers d’une mondialisation incontrôlable ni pour autant brider le développement international de chaque pays, cette approche vise à mettre en place des synergies à une échelle plus facilement maîtrisable : la région.

Jean-Louis Guigou cite l’exemple suivant : « Grâce à cette symbiose entre pays de niveau de développement différents, le Canada et les États-Unis ont créé au Mexique 2,5 millions d’emplois et ont fait du pays la 4e plateforme mondiale de production d’automobiles et de camions. Le Maghreb et les pays du nord de l’Afrique peuvent devenir “le Mexique” de l’Europe. » Autre exemple, la Chine et le Japon avec les Tigres (Thaïlande, Malaisie, Vietnam, Malaisie, Indonésie et Philippines) et les Dragons (Corée du Sud, Taiwan, Singapour, Hongkong).

« C’est à l’échelle des régions, que se font la régulation, l’économie sociale, la protection de l’environnement. Ce n’est pas au niveau mondial, mais au niveau régional. L’IPEMED pense que la grande région de demain c’est l’Europe – la Méditerranée – l’Afrique », avance Jean-Louis Guigou.

Après l’éclatement des chaines de valeur induit par la mondialisation, on assiste actuellement à un compactage de ces mêmes chaines de valeur. « L’intégration économique entre l’Europe et les pays arabes s’effectuera de manière certaine, cela prendra 2 ans, 3 ans, 4 ans ou 5 ans. », assure le Président de l’IPEMED.

Jean-Louis Guigou met également en avant les avantages de la coproduction : « Pour produire au Maroc, la meilleure façon pour un Français ou un Allemand, c’est de trouver un partenaire. L’Afrique du Nord ne peut plus être considérée comme une zone où l’on vend, mais où l’on va coproduire, où l’on va partager la valeur ajoutée et les bénéfices et effectuer des transferts de technologie. »

Pour ce qui concerne la région Méditerranée, les échanges de capitaux et de biens se développent déjà, naturellement, à l’intérieur de cette zone. La répartition des IDE marocains dans le monde en est l’illustration : 46 % en Europe, 44 % en Afrique, et 10 % pour l’Amérique et l’Asie. « Le Maroc ne veut plus être à la frontière Sud de l’Europe, mais veut être le pivot entre l’Europe et l’Afrique », souligne Jean-Louis Guigou qui préconise, en outre, de ne pas limiter la négociation des accords de libre-échange au volet commercial afin de permettre une meilleure fluidité ainsi qu’une meilleure redistribution du capital.

Maroc/Région Occitanie : de nombreux points communs

« Dans, la Région Occitanie, qui est une région très jeune et dynamique, il existe cinq secteurs que le Conseil Régional souhaite propulser : l’aéronautique, l’agroalimentaire, les énergies renouvelables, la santé et les biotechnologies et le tourisme. Ces secteurs ont également été identifiés par le Ministre Moulay Hafid Elalamy. Ce que l’on souhaite mettre en place avec la CFCIM, la CPME, c’est organiser des rencontres entre industriels de même secteur, du Nord et du Sud. », conclu Jean-Louis Guigou.

Damien Alary

Damien Alary

Ce fut ensuite au tour de Damien Alary de présenter les atouts de la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée. L’ancien Président du Conseil Régional de Languedoc-Roussillon a ainsi mis en lumière quelques chiffres-clés : 220 km de littoral, 72 000 km2 (2e Région de France), 5,6 millions d’habitants (50 000 nouveaux habitants tous les ans), 230 000 étudiants, 30 millions de touristes chaque année, etc. « La Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée est aussi une région innovante, car elle se positionne comme la première région française pour la recherche avec plus de 6 milliards d’euros de dépenses en R&D, 30 000 chercheurs ainsi que des établissements de recherche de renommée mondiale. », indique Damien Alary. La Région abrite en effet 15 pôles de compétitivité labélisés (aérospatial, santé, agroéconomie, NTIC, eau, etc.), deux pôles de formation universitaire (Montpelier et Toulouse) et 35 grandes écoles.

Comme l’a fait remarquer Jean-Louis Guigou lors de son intervention, difficile de ne pas établir un parallèle entre les pôles de compétitivité de la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée et les écosystèmes du Plan d’Accélération Industrielle au Maroc. « Le contexte actuel marocain est particulièrement favorable pour le développement de nos entreprises régionales dans certaines filières telles que l’eau, les énergies renouvelables, l’aéronautique, le digital et numérique, la santé, ou encore la croissance bleue », signale Damien Alary.

« Notre Présidente, Carole Delga, souhaite évidemment renforcer le potentiel exceptionnel de notre économie en le tournant vers l’international, en particulier sur la Méditerranée, le Maghreb et le Maroc. », explique Damien Alary, pour qui il est urgent de matérialiser cette volonté de coopération par des projets concrets et rapides. « La coopération institutionnelle à l’échelon régional est aussi primordiale, en particulier dans le contexte de régionalisation avancée, processus engagé aujourd’hui par le Maroc. », poursuit-il. L’objectif de la Région est d’accompagner les régions marocaines face à des problématiques qu’elle a, elle-même, rencontrées et d’exploiter les opportunités de collaboration en matière de développement économique, de gouvernance et de renforcement des capacités, mais aussi dans les domaines scientifiques, universitaire et culturel.

La coproduction au Maroc : une formule qui séduit

Michel Gonnet

Michel Gonnet

La conférence s’est conclue par l’intervention de Michel Gonnet qui présenté les grandes lignes du rapport de l’IPEMED sur la coproduction au Maroc. « Il y a 5-6 ans, lorsque nous avons lancé, avec Jean-Louis Guigou, la thématique de la coproduction, nous avions un peu prêché dans le désert. Aujourd’hui, cette réflexion est devenue une réalité économique, mais elle s’est aussi diffusée dans les esprits des politiques », se réjouit Michel Gonnet. Au regard de l’étude, il dresse notamment le constat suivant : « Depuis les révolutions arabes, pour un investisseur international, les pays du nord de l’Afrique sont des pays globalement à risques. Face à ce maelstrom, le Maroc constitue plutôt un ilot de stabilité. C’est un élément important qui conforte un investisseur dans son choix d’investissement. »

Cette perception rassurante a également été renforcée par le fait que, depuis une vingtaine d’années, de nombreux projets ont été concrétisés un ou deux ans après leur annonce. Michel Gonnet cite notamment la modification du cadre législatif et l’amélioration de l’environnement des affaires (Loi sur les Partenariats Public-Privé, Code des Investissements, etc.)

La régionalisation avancée joue également un rôle important : « L’idée que la décision doit se prendre au plus proche du terrain et que la compétence économique doit revenir, de plus en plus, aux Régions n’est pas uniquement un objectif politique, mais suit également une logique d’efficacité économique. C’est un élément essentiel qui, je pense, favorisera des rapprochements entre les Régions marocaines et l’Occitanie », indique Michel Gonnet.

Grâce à sa stratégie industrielle, le Maroc a monté en gamme dans la chaine de valeur et peut désormais vendre des produits à plus grande valeur ajoutée. Il lui reste encore à améliorer le taux d’intégration de son industrie, toujours en deçà des objectifs ambitieux qui ont été fixés, notamment pour l’automobile. « L’idée c’est de créer un tissu de PME de sous-traitants, d’entreprise marocaines, en copartage, en copartenariat, en coproduction afin de générer de l’activité économique et de l’emploi. », précise le Consultant.

Le rapport insiste, en outre sur l’importance de diversifier l’économie marocaine, que ce soit au niveau des secteurs d’activités industriels ou des marchés d’exportation. Le bon des IDE marocains en Afrique (un montant multiplié par 3 en 7 ans) et la présence croissante des entreprises marocaines sur le continent conforte par ailleurs le Royaume dans son projet de hub africain.

Un des axes de rapprochement entre la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée et le Maroc serait de faciliter l’implantation des PME. « Toutes les grandes entreprises françaises sont déjà implantées au Maroc alors que les PME sont relativement peu nombreuses », déplore Michel Gonnet, et d’ajouter « Il n’y a pas de raison pour que les PME d’Occitanie ne viennent pas s’implanter dans le Royaume. »

Selon l’expert, d’autres pistes sont également à explorer pour permettre ce rapprochement, notamment le développement de l’économie sociale solidaire (qui représente 1 emploi sur 7 en Occitanie) et la coopération entre clusters inter-méditerranéens.

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