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Startup

Comment financer sa startup ?

Date de publication : 16 mai 2017 Rubrique : Zoom

Les jeunes entrepreneurs se heurtent souvent au conservatisme des banquiers et investisseurs marocains, réticents à financer le risque. Des outils sont apparus ces dernières années pour compenser cette frilosité.

La particularité d’une startup est de commencer ses activités avec très peu de capital, aucune référence et un produit innovant, donc souvent inconnu. Autant de caractéristiques qui rendront le banquier marocain frileux à l’idée de financer la jeune entreprise. Un problème de crédibilité qui empêche beaucoup d’entrepreneurs d’obtenir les financements nécessaires à leur projet. Du côté des investisseurs également, la prudence est souvent de mise. « Personne n’est prêt à prendre de risque au Maroc », constate Kenza Lahlou, cofondatrice du dispositif Oulierz, tout juste créé, qui finance et accompagne les startups.

Le Maroc Numeric Fund a permis de soutenir des entreprises déjà arrivées à un certain stade de maturité. Mais pour les projets en phase d’amorçage, le mur du financement a été, longtemps, bien réel. La création du Réseau Entreprendre Maroc (REM) en 2011 a permis de combler ce manque. Venu de France, ce réseau réunit des chefs d’entreprise et quelques experts prêts à conseiller et financer de jeunes entrepreneurs.

Pour le rejoindre, chaque candidat doit être un porteur de projet ou le chef d’une entreprise de moins de 18 mois. S’il est retenu, il bénéficiera d’un prêt d’honneur de 50 000 à 100 000 dirhams, versé en deux fois. Un mentor parmi les membres du REM lui sera désigné pour le conseiller, le mettre au défi ou encore lui ouvrir les portes de son réseau. Le REM forme, en outre, les lauréats dans différents domaines : finance, marketing, comptabilité, etc. « Le réseau accompagne l’entrepreneur pendant les trois premières années de son projet, qui correspondent à la période la plus difficile », explique Houda Berrada, membre du REM.

Le REM offre aussi un accompagnement et des formations qui doivent permettre au lauréat de bien formater son projet. « Une véritable vie de famille existe au sein du Réseau. Formations, clubs des lauréats, etc. L’entrepreneur n’est jamais isolé. Cela lui donne les forces nécessaires pour affronter le marché », assure Houda Berrada. Le REM est aujourd’hui présent dans 8 villes marocaines et a accompagné 166 lauréats depuis sa création, ce qui représente 13,5 millions de dirhams. 83 % des entreprises seraient toujours en activité.

Othman Mdidech a bénéficié de l’accompagnement du REM. « Je me suis inspiré de La Fourchette et Restopolitan pour créer Infinitable. À partir de 2013, avec un peu d’argent mis de côté et de love money [argent prêté par des proches], j’ai monté la base du projet et bénéficié du programme Go to Market de CEED. Jusqu’à être sélectionné par le REM mi-2014 », décrit le jeune entrepreneur, qui a alors obtenu un prêt d’honneur de 75 000 dirhams. « Le réseau a été un grand vecteur de réussite », assure-t-il. Infinitable est devenu bénéficiaire à la mi-2016, même si Othman Mdidech se consacre désormais plutôt à son agence de développement Inifiniweb, créée l’an dernier.

Même si le lancement du fonds Innov Invest de la Caisse Centrale de Garantie pourrait changer les choses, le Réseau Entreprendre reste pour le moment bien seul sur le créneau des outils de financement. Devant ce constat, Kenza Lahlou a pris l’initiative de fonder Oulierz en janvier dernier. Ce fonds prend le parti d’offrir financement et accompagnement à des entrepreneurs, par des entrepreneurs. « Nous apportons du smart capital. Cela signifie que nous donnons accès au jeune entrepreneur à notre réseau d’advisors [conseillers] qui possèdent une expertise dans un champ particulier. Nous lui donnons également accès au marché en construisant des partenariats avec des grands groupes afin qu’il puisse « scaler » [croître de manière exponentielle avec le seul concept de base]. L’objectif est de créer des success stories marocaines », souligne Kenza Lahlou. Basé à Casablanca, Outlierz présente la particularité d’être ouvert aux startups de toute l’Afrique.

Rémy Pigaglio