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Le secteur des startups sur la voie de la maturité

Date de publication : 3 mai 2017 Rubrique : Zoom

Longtemps, le concept de startups est resté étranger au Maroc, où salariat et fonction publique sont traditionnellement plus valorisés. Les mentalités changent et l’esprit de l’entrepreneuriat se diffuse petit à petit dans le Royaume. Accélérateurs, incubateurs, aides financières ont fait leur apparition et les jeunes Marocains innovants se lancent désormais dans l’aventure. Mais un long chemin reste à parcourir et, en matière d’innovation, le Royaume se classe toujours loin derrière les géants nord-américains ou européens.

L’année 2017 sera-t-elle un tournant pour les startups marocaines ? Doté de 50 millions de dollars par la Banque mondiale (qui l’a validée début mars), le fonds Innov Invest pourrait définitivement faire entrer le Maroc dans la course mondiale à l’innovation. Géré par la Caisse Centrale de Garantie (CCG), le programme attribue notamment 12 millions de dollars au financement des entreprises en phase d’amorçage et 30 millions de dollars au capital-risque réservé à des entreprises qui souhaitent développer leur activité.

Le lancement de ce fonds pourrait constituer une nouvelle étape pour un secteur en plein essor depuis le début des années 2010. « Deux raisons expliquent cette dynamique. D’abord, l’économie marocaine a progressé. Ensuite, les dispositifs d’aide aux entreprises innovantes se sont multipliés, avec le Technopark comme précurseur », explique Omar Benaicha, Directeur Général de Bureau Veritas Maroc et mentor de startups. Dans la foulée du Technopark, le Maroc Numeric Fund, créé en 2010, est doté de 100 millions de dirhams avec l’objectif de soutenir les entreprises innovantes en phase d’amorçage ou de croissance.

Le pays a alors vu fleurir une série d’initiatives privées ou publiques : les incubateurs et accélérateurs New Work Lab, Espace Bidaya, CEED, MCISE, les dispositifs financiers du Réseau Entreprendre Maroc, d’Outlierz, les programmes pour étudiants Enactus ou encore Numa Casablanca, Endeavor, etc. Un environnement qui participe à la diffusion de la culture entrepreneuriale à travers le pays et catalyse les porteurs de projets innovants. L’organisation du Global Entrepreneurship Summit à Marrakech en 2014, pour la première fois en Afrique, a aussi permis de donner un élan au secteur.

« Tout un écosystème est en train de se mettre en place, explique Jérôme Mouthon, entrepreneur et mentor de startups également. Et beaucoup de gens veulent saisir l’opportunité du fonds Innov Invest pour créer des fonds ou des dispositifs de soutien. Il faut désormais que ces acteurs parient sur les bonnes sociétés. » Difficile toutefois de trouver de véritables success-stories, même si quelques acteurs ont su tirer leur épingle du jeu, comme l’entreprise Kilimanjaro, spécialisée dans le recyclage des huiles usagées, ou encore Omniup qui propose du WiFi gratuit contre de la publicité.

L’émergence au Maroc d’un secteur de l’innovation vraiment dynamique est encore freinée par les caractéristiques structurelles. « Le marché marocain est petit. De plus, il faut faire en sorte de banaliser les nouveaux outils, bien plus qu’aux États-Unis ou en Europe. », analyse Jérôme Mouthon. Les investisseurs et les banquiers marocains sont aussi traditionnellement frileux et rechignent à financer le risque. « Le modèle de la startup est pourtant basé sur le risque et le système bancaire marocain est très conservateur », juge Omar Benaicha.

Difficile d’estimer le nombre de startups au Maroc, mais, une chose est sûre, le pays est encore loin derrière les champions mondiaux de l’innovation. Selon le Global Startup Ecosystem Report de 2017, Paris compte entre 2 000 et 2 600 startups dans le secteur de la technologie. La Silicon Valley aux États-Unis, leader mondial, en compte entre 12 700 et 15 600.

Mais si le salariat ou la fonction publique sont encore très valorisés au sein du système éducatif marocain, les mentalités changent progressivement. Beaucoup de jeunes choisissent désormais de créer leur entreprise, sensibilisés par les différents dispositifs de soutien, mais aussi, souvent, à cause du chômage. Dans l’impossibilité de trouver un travail salarié, des jeunes choisissent alors la voie de l’entrepreneuriat.

« Le secteur au Maroc va être de plus en plus dynamique », assure Driss Lebbat, entrepreneur et spécialiste de l’écosystème des startups. « Ces dernières années ont surtout servi à sensibiliser les jeunes entrepreneurs aux réalités de la création d’entreprise et aux différents dispositifs d’accompagnement. » La Fondation OCP a joué un rôle majeur en finançant une grande partie des dispositifs d’aide et en permettant notamment leur déploiement dans les régions. « Sous l’impulsion de la Fondation OCP, le Réseau Entreprendre Maroc, le New Work Lab et d’autres ont ouvert de antennes à El Jadida, Safi, Dakhla, Khouribga… », décrit Driss Lebbat, lui-même basé à El Jadida.

Résultat : une note de l’Oxford Business Group, parue l’an dernier, estimait que cinq fois plus de startups s’étaient créées au Maroc en 2015 par rapport à 2012, sans en donner le nombre. Pour passer à la vitesse supérieure, parallèlement à la mise en place du fonds Innov Invest, le secteur doit pouvoir s’appuyer sur une meilleure prise en compte de l’entrepreneuriat des jeunes et de l’innovation dans les politiques économiques. « Il est essentiel de créer des liens entre les entreprises et universités d’un côté, et les jeunes de l’autre », plaide Omar Benaicha. L’entrepreneur prend l’exemple des cités de l’innovation qui doivent être créées dans le pays, qui réunissent entreprises et université.

Le défi sera aussi de pallier la taille du marché marocain en se tournant vers l’international, et l’Afrique en particulier. Tel est notamment le parti pris du dispositif Outlierz, créé en janvier et basé à Casablanca, qui soutient les startups de tout le continent. Avec ses grands marchés émergents au Nigeria, au Kenya, en Éthiopie ou en Afrique du Sud, l’Afrique constitue certainement l’avenir de l’innovation marocaine, dans le sillage de la politique africaine impulsée par Sa Majesté, le Roi Mohammed VI. 

Qu’est-ce qu’une startup ?

Difficile de trouver une définition de la startup qui ferait consensus. Le terme a été popularisé à la fin des années 1990, au moment de l’émergence de nouvelles entreprises innovantes et qui ont, parfois, rencontré un immense succès. Ces entreprises sont souvent liées à la technologie ou à Internet. Le terme est censé être traduit par « jeune pousse » en français, mais cette traduction reste peu populaire. L’entrepreneur américain Steve Blank, l’un des pionniers de la Silicon Valley, définit la startup comme « une organisation établie pour chercher un business model répétable et scalable ». La scalabilité (traduction qui ne fait pas consensus de scalability) est la capacité pour une entreprise à croître de manière exponentielle et à être capable de faire face à cette croissance. L’initiative publique française de la French Tech évoque « une jeune entreprise avec une ambition mondiale à la recherche d’un modèle économique qui lui assurera une croissance forte et rapide, ou une entreprise qui a grandi avec un tel modèle. »

 

Rémy Pigaglio