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Saloua Karkri Belkeziz

Entretien avec Saloua Karkri Belkeziz, Présidente de l’APEBI

Date de publication : 17 avril 2017 Rubrique : Zoom

« Nous devons savoir adapter nos business models »

Quel rôle joue l’APEBI (Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring) dans la transformation numérique au Maroc ? 

Nous sommes l’interlocuteur privilégié du Ministère de tutelle pour échanger de manière constructive sur la stratégie digitale du pays, car les enjeux sont nombreux et importants. Cela concerne tout un pan de l’économie, créateur de richesses et de valeur ajoutée pour le pays, et porté par des entreprises qui génèrent des milliers d’emplois. Nous voulons, conformément avec notre mandat, « fédérer et développer », mais aussi que toutes les entreprises – ou du moins la majorité – puissent profiter de cette manne de projets.

Quelles sont les difficultés qui freinent la transformation numérique des entreprises marocaines aujourd’hui ?

Je dirais que ce sont essentiellement des freins de trois ordres : des freins liés aux outils, aux Hommes et à la compréhension des usages. Il s’agit là d’un triptyque révélateur de la complexité de la digitalisation. Les entreprises marocaines doivent repenser leurs modèles d’affaires pour pouvoir espérer survivre dans un environnement fortement concurrentiel et incertain.

Le Plan Maroc Digital 2020 est-il suffisamment opérationnel pour pallier ces difficultés et soutenir votre secteur ?

Lors de son lancement en juillet 2016, la profession a accueilli avec beaucoup d’enthousiasme ce plan 2020 car les annonces avaient de quoi faire briller les yeux de tous les chefs d’entreprises de l’IT. Nous avons en effet salué cette nouvelle stratégie qui vise à ancrer le pays dans l’économie digitale et qui devrait participer activement à la réduction de la fracture numérique grâce à la dématérialisation de la moitié des démarches administratives et à la connexion de 20 % des PME marocaines. Cette stratégie suppose des chantiers qui seront attribués aux entreprises de l’IT, et ce, pour le plus grand bonheur des citoyens qui y trouveront du répondant à travers un service public fiable, transparent et efficace.

Il est, toutefois, important de passer à l’opérationnalisation. Je suis consciente que la formation du gouvernement a impacté le développement du secteur, mais il est urgent d’agir (Ndr : entretien réalisé le 28 mars 2017). C’est pourquoi, nous avons sensibilisé le Ministère de tutelle à l’importance de mettre en place rapidement l’Agence Nationale pour le Développement Numérique. Cette structure, qui a manqué à la première stratégie Maroc Numeric 2013, devrait marquer une rupture avec les anciens codes qui ont régi notre secteur. Nous sommes enthousiastes à l’idée d’avoir un interlocuteur unique qui garantira l’homogénéité des projets IT publics. Mais, cela reste encore à être concrétisé. Pour le moment, l’opérationnalisation de ce plan et la création de l’agence ne sont pas encore effectifs.

Quel est votre regard sur la transformation numérique des secteurs privés et publics au Maroc ?

La transformation digitale n’attendra personne et c’est un réel challenge pour le secteur public, l’entreprise et le citoyen. Pas besoin d’être visionnaire ou devin, il faut être pragmatique. Notre enjeu, en tant que professionnels, est de savoir comment adapter nos business models. Nous devons passer des modèles dits « traditionnels » à une nouvelle entreprise dite « numérique » 100 % digitale et, pourquoi pas, créer demain les « Digital First » marocains à l’image des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ?

Au quotidien, cette révolution est déjà en marche et bon nombre d’entre nous utilisent déjà des e-billets pour leurs déplacements, réservations en ligne, etc. Le challenge est de généraliser les services offerts aux citoyens – en plus de ceux existants – pour faire de la « public customer experience » marocaine une success story.

Nous avons, en outre, besoin de davantage de technologies digitales, pour la médecine (télé-chirurgie), l’agriculture (drones, tracteurs sans pilote…), les transports (near field contact), le BTP (tablettes tactiles, impression 3D), etc.

Quant à l’avenir, je dois avouer que nous sommes inquiets car l’année est maintenant bien entamée et il y a très peu d’appels d’offres.

 

Propos recueillis par Thomas Brun