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Le Maroc à l’heure de la révolution numérique

Date de publication : 11 avril 2017 Rubrique : Zoom

Phénomène présenté comme incontournable, la transformation numérique est au cœur des discussions au Maroc. Si la prise de conscience des entreprises est bien réelle, la mise en pratique de cette mutation connaît de larges disparités selon les secteurs. Ce processus global, qui conduit les organisations à revoir leurs modes de fonctionnement, nécessite une stratégie bien pensée ainsi que l’implication de tous les collaborateurs.

La transformation numérique : tout le monde en parle, mais très peu la mettent en application. Depuis de nombreux mois, on ne compte plus les séminaires et conférences consacrés au sujet. Dirigeants, entrepreneurs, experts en systèmes d’information, communicants, marketeurs, DRH, etc. : tous s’interrogent et débattent des opportunités, mais aussi des risques, liés à cette transformation numérique que l’on dit incontournable.

Une expression galvaudée

Et pourtant, rares sont encore les entreprises et les administrations qui ont réellement engagé leur mutation. La faute, sans doute, à un concept complexe dont le sens est souvent galvaudé. Il en résulte alors beaucoup de confusion dans l’esprit des décideurs. Ces derniers ressentent un sentiment d’urgence vis-à-vis de l’accélération technologique et semblent être, en même temps, démunis face à elle, ne sachant pas comment s’adapter à ce nouvel environnement.

Il est donc important de bien comprendre la portée du phénomène pour cerner les enjeux de l’entreprise et envisager une stratégie. Comme le souligne Amine Azariz, blogueur marocain expert de la Fintech (finance + technologie) : « la transformation numérique ce n’est pas juste refaire son site Internet et utiliser les médias sociaux… c’est bien plus profond que cela ! » En effet, selon les spécialistes, il s’agit d’un processus qui consiste, pour une organisation, à intégrer pleinement les technologies digitales dans l’ensemble de ses activités. Le but n’est pas simplement d’ajouter de nouvelles techniques de l’information et de la communication, comme on le fait depuis longtemps, mais bien de faire évoluer la manière de travailler et même le modèle économique de l’entreprise.

Réinventer son entreprise

En réalité, la transformation numérique n’est pas une question technologique : c’est d’abord la volonté de se réinventer. De la production à la vente, en passant par la gestion des ressources humaines et la communication, toutes les fonctions de l’entreprise sont concernées. Une telle réorganisation touche ainsi les collaborateurs, les fournisseurs et, bien évidemment, les clients. Il est donc logique de voir les business models s’adapter eux aussi.

La difficulté réside alors dans le passage de la théorie à la pratique. Celles qui y réussissent ont su se renouveler en développant la culture numérique de leurs collaborateurs. Car c’est bien l’instauration d’un nouvel état d’esprit qui permet de déployer une véritable stratégie.

Des avancées disparates au Maroc

Si tous les secteurs sont concernés par le phénomène, force est de constater que certains sont beaucoup plus avancés que d’autres. C’est notamment le cas du secteur bancaire, qui vit, depuis plusieurs années, des changements profonds. Menacées par de nouveaux acteurs issus de la Fintech, les banques traditionnelles réagissent et tentent de proposer des services innovants à leurs clients pour éviter de les perdre. Face aux intermédiaires de plus en plus nombreux et encouragées par la nouvelle Loi bancaire, elles n’ont pas d’autres choix que de se transformer.

Du côté des autres secteurs, les avancées sont beaucoup moins concrètes avec des opérateurs qui, souvent, attendent d’être en danger pour réagir. Le tourisme et le transport ont, par exemple, commencé leur mutation lorsque des plateformes Internet sont venues révolutionner les usages dans le domaine.

On constate également des disparités dans le secteur public, où certaines administrations sont pleinement entrées dans l’ère numérique, tandis que d’autres semblent figées dans des pratiques anciennes.

Conduire le changement pour réussir

Impulser une véritable dynamique dans l’organisation et développer une culture digitale chez les collaborateurs ne sont pas des projets simples à mener. Ce sont pourtant des éléments incontournables de la transformation numérique. Sans la mobilisation de l’interne, il est impossible de réussir une telle stratégie.

Même son de cloche du côté de Macom’in (Association Marocaine de la Communication Interne), qui organise une conférence sur cette thématique en mai 2017. Ali Alaoui Mdaghri, son Président, explique en effet que « comme pour tout projet de conduite du changement, la communication avec les employés est nécessaire avant, pendant et après la réalisation de la transformation. De plus, la communication interne sera elle-même fondamentalement impactée dans ses pratiques, ses outils et ses modalités. Le défi est donc double, puisqu’il s’agit de promouvoir et d’expliquer un changement et de transformer sa propre façon de faire. Mais l’enjeu est de taille : susciter l’adhésion et la mobilisation du plus grand nombre pour réussir sa transformation digitale ! »

Repenser l’activité et rester vigilant

Au-delà de l’introduction de nouvelles technologies, l’enjeu pour les collaborateurs est également de repenser leurs façons de faire. La gestion des ressources humaines évolue et le rapport au travail n’est plus le même.
Les réseaux sociaux d’entreprises et les plateformes collaboratives permettent notamment de travailler à distance et de gagner en flexibilité.

Toutefois, les nouvelles pratiques issues de la transformation digitale doivent se développer dans un cadre de vigilance. La sécurité, l’éthique et la déontologie restent garantes d’une démarche respectueuses des clients comme des collaborateurs, et permettent de conserver toute leur confiance. Ces enjeux sont autant de risques pour l’entreprise et ils doivent être identifiés. Les débats autour de la gouvernance des données devront par exemple apporter des réponses pour les sécuriser et les utiliser à bon escient. De même, la sollicitation permanente des salariés, via les outils mobiles, doit être encadrée.

C’est dans ces conditions que la transformation numérique fera véritablement entrer les entreprises marocaines dans une nouvelle ère.

 

 Thomas Brun

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