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Remi Cabon

Interview de Rémi Cabon, Directeur Général de Peugeot Citroën Automobiles Maroc (PCAM)

Date de publication : 11 avril 2017 Rubrique : Echos Maroc

« Le Groupe PSA a de grandes ambitions dans la région Moyen-Orient-Afrique »

Pourquoi le Groupe PSA a-t-il choisi de s’implanter au Maroc et, plus particulièrement, dans la région de Kénitra ? Cela entre-t-il dans le cadre de sa stratégie de développement en Afrique subsaharienne ?

La région Moyen-Orient-Afrique est une région où nous avons de fortes ambitions de développement. Nous visons, à l’horizon 2025, 1 million de voitures vendues (700 000 véhicules en 2021), dans un marché que nous estimons à 8 millions. À titre de comparaison, en 2015, nous avons vendu 200 000 voitures dans la région. Il s’agit donc d’une stratégie de très forte croissance, avec l’optique de produire dans la région, pour la région, pour des questions de compétitivité et de proximité des marchés.

En 2015, la décision a été prise d’installer l’usine au Maroc. Alors, pourquoi le Maroc ? Parce qu’il s’agit d’un pays qui offre une certaine compétitivité, qui a des accords douaniers avec beaucoup de pays de la zone, ce qui permet d’exporter des véhicules dans de bonnes conditions. C’est un pays qui a une bonne localisation géographique, favorable à la logistique. C’est aussi un pays qui se caractérise par un engagement très fort des pouvoirs publics, ainsi que par une politique industrielle très volontariste et très organisée.

Tout cela a conduit, le 19 juin 2015, à la signature d’un protocole d’accord entre l’État marocain et PSA qui définit que nous allons démarrer une activité de production de voitures et de moteurs à partir de 2019.

Le choix de Kénitra a été fait en accord avec l’Etat dans une logique d’aménagement du territoire, avec la volonté d’équilibrer entre le pôle tangérois et Kénitra.

L’usine a vocation à être une réelle base de production pour la région Moyen-Orient-Afrique. Notre objectif est de produire au moins 70 % des objectifs de la zone dans la zone. Bien entendu, nous allons écouler une partie de notre production sur le marché marocain. Le fait que nous soyons en zone franche exige que nous exportions au moins 70 % de production, mais, en pratique, cela risque de se rapprocher plutôt des 85 %.

Nous allons démarrer la production avec une nouvelle plateforme appelée « CMP » (Common Modular Platform), en cours de développement, commune à plusieurs modèles.

 

Quel est votre regard sur le développement de l’industrie automobile et de son écosystème au Maroc ces dernières années ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, que ce soit en termes de volume d’exportation, de part dans l’économie marocaine, ou de nombre d’emplois créés dans la filière (plus 130 000 à ce jour). Sur les 10 dernières années, le secteur automobile a connu un développement important, mais le développement le plus important reste à venir.

En 2014, l’État a lancé le Plan d’Accélération Industrielle (PAI) et, ensuite, les écosystèmes automobiles. Il a signé l’accord avec PSA en 2015, puis un accord complémentaire avec Renault en avril 2016. Aujourd’hui, l’Etat annonce haut et fort qu’il vise l’installation d’un 3e constructeur au Maroc. Au-delà des discours, cette dynamique est prouvée par des chiffres et les décisions en cours qui démontrent la pertinence et l’efficacité de cette politique industrielle.

On constate également un très bon alignement entre les différents acteurs, que l’on s’adresse à l’Etat ou aux Offices (ONEE, OFPPT, ONCF, etc.), ce qui permet un accompagnement très efficace pour un industriel tel que PSA sur ce type de projets un peu complexes à mettre en place.

À quelle étape se trouve le projet de l’usine PSA de Kénitra ? Quelles en seront les retombées ?

C’est un projet qui sera déployé en deux étapes. La phase 1, que nous allons démarrer en 2019, vise à atteindre la capacité de 90 000 véhicules et 90 000 moteurs assemblés par an. L’usine étant conçue et construite pour être évolutive, cette capacité sera portée à 200 000 par an, le moment venu. Ainsi, nous intégrons à l’usine une ligne d’assemblage de moteur dès la phase 1. Au cours de la 2e phase, nous intégrerons également l’usinage des pièces de moteur. Il s’agit d’une activité nouvelle au Maroc qui contribuera également à la montée en gamme de la technicité de l’industrie marocaine.

Nous nous sommes engagés à atteindre, dès la première étape, un taux d’intégration de 60 %. Par défaut, pour chaque composant, nous essayons de trouver quel partenaire serait intéressé de monter un business au Maroc pour nous accompagner. Cela peut être un fournisseur équipementier « global player » ou un industriel marocain. Pour le moment, nous avons dû accepter le fait que nous ne serons pas en mesure de réaliser certaines pièces au Maroc, par exemple les pièces très technologiques et/ou qui nécessitent de très grands volumes de production pour être amorties (cartes électroniques, les pneus, etc.). Nous, c’est-à-dire les constructeurs automobiles et l’Etat marocain, n’avons pas renoncé et continuons de travailler pour trouver des business models qui permettront de faire venir les partenaires capables de les fabriquer. L’objectif est d’arriver, à terme, à plus de 80-85 % de taux d’intégration locale.

Un des enjeux de l’intégration locale c’est aussi la profondeur de l’intégration, c’est à dire que nos fournisseurs sur place doivent eux même acheter des composants à leurs fournisseurs locaux, etc. et c’est là que peuvent se créer des opportunités pour les PME, dans certaines filières. C’est par exemple le cas pour la filière plastique.

Le chantier, qui a démarré il y a deux mois, se déroule comme prévu. L’autre dimension du projet concerne le recrutement, la formation et la montée en compétence des équipes. À ce jour, nous avons déjà recruté une vingtaine de personnes et 150 personnes seront recrutées d’ici la fin de l’année. L’usine comptera 1600 personnes fin 2019.

Les retombées économiques sont difficiles à chiffrer, je pense que les pouvoirs publics sont mieux placés que nous pour y répondre. Nous estimons, toutefois, qu’un emploi direct chez PSA représente à peu près 5 emplois chez nos fournisseurs directs et leur filière, sans compter les activités indirectes : la restauration, le transport du personnel, etc.

Comment sera mis en place l’écosystème autour de l’usine (mesures d’accompagnement des fournisseurs, formation des salariés, etc.) ?

En face de notre usine (60 hectares), 40 hectares sont dédiés à nos fournisseurs. 5 de nos fournisseurs ont déjà décidé de s’y installer, ce qui représente 50 % d’occupation. D’autres vont s’installer un peu plus loin. Au total, c’est plus d’une vingtaine de sites qui vont ouvrir à l’occasion du démarrage de PSA. L’installation de ces fournisseurs, qui, bien sûr, ne vont pas livrer uniquement PSA, va créer un « effet boule de neige », un cercle vertueux pour toute la filière. Nous avons une organisation appelée « Suppliers development » dont l’objectif est d’accompagner nos fournisseurs, notamment ceux nouvellement reconvertis dans l’automobile, à nos standards de fonctionnement et de qualité.

Nous sommes en train de constituer des équipes mixtes entre les compétences de PSA, qui se positionnent temporairement au Maroc, et les nouveaux collaborateurs embauchés localement, qui se forment avant de prendre la main. Le développement fournisseur fait partie des domaines dans lesquels nous appliquons cette logique.

Au niveau de la formation, nous avons signé un partenariat de coopération pédagogique avec l’IFMIA (Institut de Formation aux Métiers de l’Automobile) à Kénitra, dans le cadre de la formation de nos agents. Nous sommes également en cours de discussion avec l’OFPPT, ainsi qu’avec un certain nombre d’universités, dont l’université de Kénitra, pour couvrir tous nos besoins de formation dans une logique de complémentarité. La qualification des ressources humaines est un vrai enjeu, mais je n’ai pas d’inquiétude. Il faut s’en occuper, le structurer, le démarrer suffisamment tôt, car les processus de montée en compétence peuvent être un peu longs.