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Mohamed Saad, Invité de Conjoncture

Date de publication : 8 février 2017 Rubrique : Les Invités de Conjoncture

Mohamed Saad, Directeur des Systèmes d’Information de la Bourse de Casablanca et Président de l’Association des Utilisateurs des Systèmes d’Information au Maroc (AUSIM)

« La data constitue une richesse, c’est le pétrole de demain »

Où se situe le Maroc en matière de transformation numérique ?

Nous avançons à deux, voire à trois vitesses dans ce domaine. Un secteur qui gure parmi les « premiers de la classe » est le secteur nancier car il est grand consommateur d’outils et de technologies. Je parle de la banque, des assurances, des marchés de capitaux, sociétés de bourse, banques d’affaires, la bourse elle- même, etc. Toutes ces sociétés font des technologies de l’information leur outil de production. Quand ces technologies sont inexistantes ou peu performantes, cela se traduit par une perte en chiffre d’affaires ou en termes d’opportunités.

Certaines industries font également des technologies de l’information leur outil vers l’usine 3.0 et 4.0. L’automatisation des process permet d’améliorer la performance et l’ef cience de l’entreprise, de maîtriser ses coûts de revient, d’améliorer la satisfaction client et de diminuer tous les risques industriels, tels que les accidents de travail.
Des PME sont également en avance dans ce domaine. Depuis 10-15 ans, Maroc PME a lancé des programmes d’accompagnement des PME en vue d’aider cette catégorie d’entreprises à automatiser leur processus de gestion (ventes, achats, stock, nances, etc.). Ces programmes ont ainsi connu un grand engouement.
Aujourd’hui, nous sommes arrivés à un écosystème beaucoup plus développé. Le web apporte aussi de nouveaux canaux de vente et de distribution. Les réseaux sociaux ne sont plus uniquement le terrain de jeu des adolescents ou des jeunes. Pour les entreprises c’est un terrain où l’on va aller chercher des prospects et où l’on peut aussi animer son image de marque et améliorer sa notoriété.
Le Maroc a lancé différents programmes d’envergure : le Plan Maroc Numérique 2013 suivi du Plan Maroc Numérique 2020. Le 4 juillet dernier, la création de l’Agence du Digital a été annoncée devant Sa Majesté. Nous attendons à présent la constitution du Gouvernement. Nous comptons sur les directives et le plan d’actions de la nouvelle entité en charge de l’économie numérique au sein du Ministère pour insuf er un élan vigoureux au développement du digital au Maroc ainsi qu’à la vision qui sera donnée à cette nouvelle l’Agence du Digital.

Aujourd’hui, est-ce que toutes les PME peuvent se permettre un Système d’Information de qualité ?

Peut-on gérer ses process internes, manager ses commerciaux, interagir avec ses clients et fournisseurs, mettre en place une comptabilité analytique sans un Système d’Information qui se respecte ? Je crois qu’il s’agit aujourd’hui d’une nécessité. La vision de Maroc PME est de booster et d’encourager des solutions sur le cloud. Donc, le coût est abordable pour les PME en termes d’investissement, notamment grâce aux formules « Pay-as-you-go », aux abonnements mensuels ou trimestriels, ou encore aux solutions en open source. Je ne pense pas qu’un Système d’Information soit inaccessible d’un point de vue du coût. C’est une question de volonté et de maturité du management.

Les dernières Assises de l’AUSIM ont porté sur le thème du big data. Quelles ont été les principales conclusions et recommandations émises à l’issue de la rencontre ?

Le message que l’on a voulu faire passer lors des dernières Assises de l’AUSIM était que nos startups et nos universités doivent lancer la recherche dans ce domaine, surtout pour tout ce qui concerne la valeur ajoutée autour de la data. Nos entreprises, de même que l’administration, doivent, quant à elles, ouvrir leurs données et encourager l’open data en vue d’encourager le développement d’applications. C’est ainsi que nous pourrons créer un secteur d’activité porteur, comme ce fut le cas il y a quelques années pour l’offshoring. Aujourd’hui, la data constitue une richesse, c’est le pétrole de demain.

Facebook, les GAFA nous offrent l’infrastructure que nous, utilisateurs, meublons avec nos données. Autour de cela se crée un certain nombre d’opportunités d’affaires et d’innovations qui, de ce gisement d’informations et de données, feront émerger des applications intéressantes pour la communauté et les entreprises.

Par ailleurs, nous pouvons être ers de la dernière édition des Assises de l’AUSIM qui ont accueilli 530 personnes (+ 38 % par rapport à 2014), 39 intervenants, 5 tables rondes et 3 workshops. Cela place ainsi la barre très haut pour la prochaine édition.

Pour ce qui concerne la cybersécurité, les entreprises marocaines sont-elles suf samment préparées face aux risques d’attaques malveillantes ?

Ce risque existe depuis la naissance de l’informatique et il existera toujours. C’est la stratégie de l’État qui doit pouvoir faire face à ce genre de menaces. Au Maroc, nous avons un corpus réglementaire. Cette problématique est portée par le Ministère de la Défense qui prend en charge la mise en place des directives. J’ouvre d’ailleurs la parenthèse sur la Directive Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information à laquelle un certain nombre d’entreprises doivent se conformer : opérateurs télécom, banques, administrations, bourse, etc. Ces entreprises sont obligées de mettre en place les politiques et les procédures pour prévenir ces situations, mais aussi pour être proactif face à ce genre de risques. Au Maroc, nous avons une quinzaine d’entreprises certi ées ISO 27001, le nec plus ultra en termes de certi cation internationale. Il est élémentaire de chercher à comprendre ce qu’est une menace, de faire l’inventaire de ses actifs et d’apporter une réponse aux éventuels impacts. Les entreprises ou les organisations, publiques ou privés, doivent avoir en tête que tout le monde peut être touché, quelle que soit sa taille. Donc, il est important de mettre en place les bonnes pratiques pour pallier ce genre de risque. Il est également essentiel de sensibiliser ses salariés et le citoyen à ces questions. Au sein de l’AUSIM, nous communiquons beaucoup sur tout ce qui concerne la cybercriminalité et la sécurité des Systèmes d’Information. Il s’agit d’un axe majeur de notre développement.

Sur quels projets l’AUSIM travaille-t-elle actuellement ?

Il y a 24 ans, l’AUSIM a choisi d’être le porte- parole des utilisateurs des Systèmes d’Information et de capitaliser ainsi sur la connaissance et les expériences. Depuis un an et demi, nous avons décidé de porter notre message encore plus haut et plus loin en élaborant des livres blancs, des articles sur les thèmes de la cybersécurité, des réseaux sociaux, du big data, du cloud, de la transformation numérique, de la digitalisation, etc. Nous encourageons, en outre, la recherche et avons lancé un laboratoire de recherche autour des blockchains en partenariat avec une école d’ingénieurs.

Parallèlement, nous avons initié les « Rendez- vous de l’AUSIM », un rendez-vous mensuel qui traite d’une problématique autour du digital et des technologies de l’information et au cours duquel des experts viennent échanger avec le public. Nous travaillons par ailleurs sur un livre participatif incluant des retours d’expérience de DSI et d’ici la n d’année, nous organiserons un concours mettant en compétition des universités, des écoles d’ingénieurs, mais aussi des groupes de développeurs autour de l’innovation dans le digital.

L’AUSIM attend énormément du nouveau gouvernement, de la feuille de route de l’économie numérique et, surtout, de cette Agence du Digital. Nous espérons que toutes les conditions seront réunies pour faire des technologies du digital un levier de développement pour nos entreprises et faire du Maroc une plaque tournante des technologies de l’information dans notre région et sur tout le continent.