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Afrique Est

Quelles chances pour le Maroc en Afrique de l’Est ?

Date de publication : 13 décembre 2016 Rubrique : À la une

Le Maroc sort aujourd’hui de son pré carré historique de l’Afrique de l’Ouest et décide de ne plus se limiter à ses alliés traditionnels. Mais les pays de l’Afrique de l’Est présentent-ils pour autant de réelles opportunités économiques pour les opérateurs marocains ?

L’Afrique de l’Est a ceci de particulier qu’elle est une zone économique plus dynamique et plus intégrée que l’Afrique Occidentale. C’est également une zone dont la culture du business et du marché est plus ancrée qu’en Afrique occidentale. Si, en investissant cette région africaine, le Maroc montre au vu et au su de tous qu’il a changé de paradigme, il devra aussi modi er sa stratégie d’implantation. Quel est l’enjeu de ce repositionnement ? « L’Afrique, avec ses 54 pays, doit multiplier ses échanges intra-africains, car ce marché est en forte croissance, porté par le développement de la classe moyenne et l’urbanisation accélérée (52 villes sur le continent ont plus d’1 million d’habitants) », répond dans une précédente interview Alioune Gueye, Président du Groupe Afrique Challenge. Même si l’Afrique de l’Est est une zone ultra-dynamique, les échanges intra-communautaires ne représentent que 13 ou 14 % des échanges de cette zone, dont l’essentiel s’opère avec le reste de l’Afrique, mais surtout avec l’Asie et d’autres pays. « Nous devons surmonter cet écart abyssal en développant des partenariats Sud-Sud intelligents, bien compris, complémentaires entre ces deux parties du continent », poursuit-il.

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Des opportunités « classiques »
Pour de nombreux analystes, le Maroc compte un certain nombre de « champions », parfois continentaux, dans le secteur des phosphates, de l’aérien, de la banque, de l’assurance, etc., mais aussi de l’agroalimentaire. Ces entreprises ont de réelles opportunités de développement en Afrique de l’Est. D’ailleurs, les différents partenariats et autres conventions annoncés lors de la tournée royale vont dans ce sens, à l’instar du méga investissement de 3,7 milliards de dollars du Groupe OCP pour la construction d’une usine de production d’engrais en Éthiopie. « Les phosphates représentent incontestablement une grande opportunité. Le Maroc dispose de ressources assurées sur les 40 prochaines années qui en font le leader mondial en la matière. Or, on ne peut nourrir l’Afrique, continent au plus fort taux de croissance démographique, sans la moderniser. C’est pourquoi les engrais sont un enjeu extrêmement important », explique le PDG du groupe Afrique Challenge.
Attijariwafa Bank a annoncé au deuxième jour de la visite qu’elle nalisait l’acquisition de la Compagnie générale de banque (Cogebanque), la troisième banque rwandaise. Dans le secteur immobilier, B GROUP (groupe Berrada) mettra à disposition son savoir-faire, à travers la construction de 6 000 logements sociaux dans la capitale rwandaise, nancés par la banque rwandaise de développement et Bank of Africa (Groupe BMCE). Au total, ce sont dix-neuf accords bilatéraux qui ont été signés au Rwanda.

Une attention particulière doit être accordée aux subtilités culturelles. L’Afrique est un continent qui regroupe 54 pays dont la population, la langue, l’état d’esprit et l’histoire sontdifférents.

De même, quelque 22 conventions et accords de coopération ont été signés à Dar es Salam entre le Maroc et la Tanzanie, sous la présidence de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Président tanzanien John Pombe Magufuli. Ces accords couvrent une pléiade de secteurs stratégiques tels que le tourisme, l’agriculture, la pêche maritime, les énergies et le transport aérien.
« Il existe, incontestablement, un bouquet d’offres de valeurs qui trouvera un retentissement intéressant. Aussi, en matière de formation professionnelle, certaines expériences réussies au Maroc ont été partagées avec divers pays d’Afrique de l’Ouest. Elles gagneraient à l’être également en Afrique de l’Est. Un des enjeux, sur ce plan, est de surmonter le handicap de la langue, car il existe cette espèce de césure complètement arti cielle entre l’Afrique francophone et l’Afrique anglophone. Ce sont deux Afriques qui ne se parlent pas et ce voyage tend à surmonter cette fracture, somme toute, factice », soutient Alioune Gueye.
Cependant, il faut garder à l’esprit que le Maroc n’arrive pas en terrain conquis et que d’autres pays investisseurs ont déjà pris leurs marques, sans compter la présence historique de l’ancienne puissance coloniale.

Une stratégie africaine gagnante dans la durée
Dans ce contexte, le Maroc a toutefois une carte à jouer. « Grâce aux pays émergents, de nouvelles offres d’investissements viennent concurrencer les offres traditionnelles occidentales en offrant des coûts très avantageux, des procédures allégées et des délais raccourcis », analyse un diplomate marocain. Par rapport à une puissance comme la Chine, « il faut savoir que si la réussite économique chinoise est source d’admiration, et si les dirigeants africains accueillent relativement positivement la présence de Pékin du fait de la non-conditionnalité de l’offre et de la non-interférence dans les affaires internes du pays, la présence chinoise sur le continent n’est, en réalité, pas exempte de critiques », rapporte la dernière version du rapport de l’Institut Amadeus, « Le Maroc en Afrique : La Voie Royale ». Parmi les principaux griefs qui lui sont reprochés : le focus parfois exclusif sur les matières premières du continent, les répercussions liées au déversement des produits manufacturés chinois à bas prix sur les marchés africains, la résistance aux transferts de technologie et la faible création d’emplois locaux. Sont également sujettes à caution, les questions relatives à l’environnement et aux droits humains.
Par ailleurs, l’ensemble des pays africains, et cela est encore plus vrai pour les pays d’Afrique anglophone, sont aujourd’hui à la recherche de partenariat gagnant-gagnant. Les entreprises indiennes l’ont bien compris : elles proposent, de plus en plus, la mise en place « de co-entreprises qui permettent un partage de technologies, de compétences et, par extension, la possibilité pour l’Afrique de résoudre la question de sa faible industrialisation et de sa faible intégration aux chaînes de valeurs mondiales », relève le rapport du think tank dirigé par Brahim Fassi-Fihri. Il s’agit peut-être bien de la principale valeur ajoutée à travers laquelle le Maroc peut réellement se distinguer.

Soumayya Douieb